Océanie

Si loin, si proche

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2009

La mystérieuse Rapa Nui se dévoile à l’Espace de la Fondation EDF.

PARIS - L’île de Pâques, de son vrai nom maori Rapa Nui (« la grande lointaine »), apparut aux Européens peu après sa découverte par le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen le jour de Pâques, du mois d’avril 1722. Cette petite île isolée du sud-est de l’océan Pacifique entretient depuis mystère et fascination autour de ses fameuses statues monumentales, les moaïs, et son écriture rongorongo, unique dans l’histoire de l’Océanie. L’Espace de la Fondation EDF, à Paris, retrace le destin singulier de ce territoire annexé par l’Espagne, puis par le Chili en 1888, à travers un parcours particulièrement bien conçu, entre ethnologie et écologie, archéologie et histoire de l’art. Le rez-de-chaussée détaille ainsi les particularités géographiques de Rapa Nui et sa domestication – véritable exploit – par les Polynésiens aux alentours de l’an mil. Exposées au premier étage, les œuvres sculptées en bois ramenées de l’île témoignent d’une grande maîtrise technique, particulièrement les moaïs kavakava, figures masculines aux cotes (kavakava) exagérément saillantes. Signe particulier de ces statuettes : les figures gravées sur leurs crânes, dont certaines se rapprochent de l’écriture rongorongo, pourraient être les marques d’une appartenance à tel ou tel grade de la société, comme l’expliquent les commissaires de l’exposition Catherine et Michel Orliac. Elles étaient invoquées au cours de cérémonies publiques pour soigner les malades ou harceler les ennemis. Le moaï kavakava bicéphale en bois de Sophora Toromiro, collecté en 1860 et aujourd’hui conservé au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle, en offre, sans conteste, le plus bel exemple. À ses côtés figurent d’autres objets sacrés en bois, tels les moaïs moko ou moaïs tangata moko – dont sont ici présentées des pièces issues de collections privées –, des êtres hybrides à la fois lézard, homme et oiseau, suspendus au plafond des maisonnées et manipulés pour chasser les mauvais esprits. Composés de deux pales plates – la pale supérieure est ornée d’un visage humain stylisé –, les rapa sont des accessoires de danses. De même forme mais deux fois plus grands que les rapa, les ao étaient, quant à eux, exhibés lors de la fête de l’homme-oiseau – culte prépondérant à partir du XVIIe siècle à la suite de la catastrophe écologique qui a fait disparaître les arbres de l’île. Il faut encore évoquer les bâtons ua, prolongés par une tête à deux faces identiques, et les reimiro, ornements de grande taille reprenant la forme d’un croissant, deux éléments insignes de l’aristocratie. La dernière partie de l’exposition décrypte les secrets de l’écriture rongorongo pour laquelle les habitants de Rapa Nui ont inventé des milliers de signes. Des tablettes conservées au Quai Branly et à Rome sont ici présentées et explicitées grâce à un montage informatique. « Leur lecture s’effectue de bas en haut et de gauche à droite, chaque ligne étant inversée par rapport à la précédente, il faut retourner la tablette de 180° pour “lire” le texte », précisent Catherine et Michel Orliac. Un procédé unique et étonnant, à l’image de cette île improbable inscrite depuis 1995 au Patrimoine mondial de l’Unesco.

RAPA NUI L’ÎLE DE PÂQUES, jusqu’au 1er mars, Espace Fondation EDF, 6, rue Récamier, 75007 Paris, tél. 01 53 63 23 45, entrée libre, tlj sauf lundi et jours fériés, 12h-19h. Catalogue, 126 p., 30 euros.

RAPA NUI
Commissariat : Catherine Orliac, archéologue et chercheur au CNRS, associée au département Hommes, Nature, Sociétés du Muséum d’Histoire naturelle ; Michel Orliac, archéologue et chercheur au CNRS, spécialiste des cultures du Pacifique Sud
Photographie : Micheline Pelletier
Scénographie : Maw – Philippe Maffre
Nombre d’œuvres : 140

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°294 du 9 janvier 2009, avec le titre suivant : Si loin, si proche

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