Mardi 11 décembre 2018

Art contemporain

Richard Baquié, au coin de la rue, l’aventure

Les recyclages du Marseillais sont racontés sous le prisme de la notion de déplacement

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2017 - 467 mots

TOULON - Richard Baquié n’a pas eu de rétrospective depuis celle coorganisée en 1997 au CAPC-Musée d’art contemporain de Bordeaux et en 1998 au Musée d’Art contemporain de Marseille, à la suite de son décès en 1996, à presque 44 ans.

Pourquoi un tel purgatoire pour un artiste qui, durant sa courte carrière, était très en vue et a notamment connu les honneurs du Centre Pompidou, de la Documenta de Kassel ou du Guggenheim de New York ? « Il a peu produit (500 ou 600 pièces) et bon nombre de ses grandes pièces sont dans des collections publiques. Il n’y a pratiquement pas de marché aujourd’hui », précise Jean-François Chougnet (directeur du MuCEM à Marseille, co-commissaire ici avec Ricardo Vazquez, directeur de l’Hôtel des Arts). Ses deux galeristes historiques sont d’ailleurs hors course : Éric Fabre d’abord, qui a cessé son activité et Roger Pailhas, mort en 2005.

C’est d’ailleurs par Début, de la collection du Fonds national d’art contemporain, que l’exposition démarre. Logique est-on tenté de dire, mais pas tout à fait, puisque l’œuvre, qui est notamment composée des mots « Fin de siècle », en ferraille et en majuscule, indique d’emblée que chez Baquié il peut toujours y avoir un (grand) écart entre le titre et le sens et surtout entre les mots et les choses. Début donne le tempo d’un parcours qui introduit l’un des thèmes majeurs de Baquié : le temps, justement. Le temps passé, à l’image de la rouille et de ces carcasses de voitures ou d’avions récupérées, découpées et recomposées qui constituent l’une des matières premières de toute son œuvre ; et le temps qui passe, comme l’indiquent ces flèches, à la fois flèche du temps et direction à suivre. Car le temps chez Baquié, c’est aussi l’espace, et l’espace c’est une situation, le vent, le déplacement, le mouvement, comme l’évoque ce texte qui défile par une fenêtre d’un train comme un paysage. Le temps, c’est aussi l’aventure, dont l’installation L’Aventure, son importante commande publique, fut inaugurée en 1988 à Marseille, sa ville natale, dans le quartier de Malpassé le bien nommé, qui l’a vue détériorée et démontée. Une salle raconte son épopée, tout comme plus loin Baquié nous fait tourner autour de Duchamp avec sa réinterprétation d’Étant donnés : 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage.

Le temps, c’est aussi celui de l’enfance et du jeu, à l’exemple de ce Pistolet ou de cette Mitrailleuse qui, entièrement constitués d’objets de récupérations, font penser aux jouets faits par les enfants en Afrique ; ou cet ensemble d’aquarelles sur papier, Batailles qui, comme le jeu de cartes, font s’affronter non pas des chiffres, mais des couleurs.

Au-delà du plaisir de revoir ou de découvrir ces œuvres ludiques, pleines d’humour et de mélancolie, l’exposition rappelle que Richard Baquié était avant tout un poète des formes et un sculpteur des mots. Composée de 35 œuvres, elle donne l’envie d’en voir encore plus.

Richard Baquié, déplacements

Jusqu’au 7 mai, Hôtel des Arts, 236 bd du Maréchal Leclerc, 83 000 Toulon

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°477 du 14 avril 2017, avec le titre suivant : Richard Baquié, au coin de la rue, l’aventure

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