Dimanche 6 décembre 2020

Martigny (Suisse)

Renoir Redécouvert

Fondation Pierre Gianadda Jusqu’au 23 novembre 2014

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 25 août 2014 - 314 mots

Riche de plus de cent œuvres (tableaux, dessins, sculptures), l’exposition « Revoir Renoir » de la Fondation Gianadda propose aux visiteurs non seulement un large panorama de l’œuvre de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) mais aussi une relecture de son travail, trop souvent associé à l’image qu’il a lui-même entretenue d’un épicurien dilettante doublé d’un honnête artisan : « Pour moi, un tableau doit être une chose aimable, joyeuse et jolie, oui jolie ! »

Si cette exposition, en dévoilant sur de rouges cimaises une pléiade d’images joyeuses déclinant sur cinq décennies (1870-1919) la diversité de la nature, l’éternel féminin et la grâce enfantine, répond parfaitement à son cahier des charges qui est de célébrer un maître de l’impressionnisme en lui offrant une rétrospective chronologique, fort heureusement elle n’en reste pas là. À côté des toiles attendues, montrant à profusion des feuillages multicolores, des jeunes filles nonchalantes ainsi que de beaux bambins, on découvre un Renoir plus inattendu, bien plus novateur qu’on ne l’imaginait. Un ensemble de pièces rarement voire jamais montrées en France, car provenant de collections particulières, révèle que Renoir, s’il n’était pas un révolutionnaire comme Monet ou Cézanne, n’en est pas moins un peintre résolument de son temps, ouvert à l’expérimentation. Cet impressionniste « classique », nourri par Raphaël et Titien, a su s’aventurer hors des sentiers battus : des portraits mondains de femmes des années 1870 (Madame X, La Comtesse Edmond de Pourtalès) présentent des fonds dont l’arabesque décorative et l’emploi des demi-tons annoncent le japonisme puis les Nabis, et une composition étrange, comme Scène de personnages (1885), donne à voir une atmosphère purement chromatique qui flirte avec l’abstraction. Enfin, un catalogue épais, participant à cet éclairage inédit sur Renoir, complète efficacement cette vision renouvelée du plus charnel des impressionnistes français ; ainsi, le texte d’Augustin de Butler rappelant combien le jeune Picasso reconnaissait la valeur novatrice du vieux Renoir s’avère passionnant.

« Revoir Renoir »

Fondation Pierre Gianadda, rue du Forum 59, Martigny (Suisse), www.gianadda.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°671 du 1 septembre 2014, avec le titre suivant : Renoir Redécouvert

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