Quand Gauguin était impressionniste

L'ŒIL

Le 1 février 2006

En présentant 70 peintures, sculptures et céramiques provenant du monde entier, le Kimbell Art Museum se penche sur la période impressionniste de Paul Gauguin, jusqu’ici peu étudiée.

Les années impressionnistes de Paul Gauguin (1848-1903), entre 1873 – date de la première toile connue de Gauguin – et le début des années 1880, sont habituellement à peine évoquées ; une ou deux œuvres en prélude à une rétrospective, un survol davantage biographique qu’artistique au détour d’une monographie.
La part impressionniste de l’œuvre de Cézanne ou de Seurat a davantage été étudiée que celle de Gauguin. La vaste exposition proposée au Texas est la première à se concentrer uniquement sur cette partie de son œuvre. Une phase certes essentielle pour la compréhension de la suite, mais forcément frustrante pour le visiteur qui ne verra – œuvres de jeunesse obligent – qu’une peinture en devenir, qui se cherche, un impressionnisme qui techniquement n’a rien à envier à ses camarades, mais n’apporte rien de vraiment original au mouvement.
Car Gauguin ne devient l’artiste que l’on connaît qu’aux environs de 1885, lorsqu’il se libère de ce qu’il a vu et appris aux côtés des impressionnistes pour développer ses propres recherches formelles et chromatiques.
Présentée aux États-Unis puis à Copenhague, « Gauguin et l’impressionnisme » réunit un ensemble significatif d’une cinquantaine de peintures issues de collections publiques du monde entier, dont la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague, le musée d’Orsay, le musée des Beaux-Arts de Lyon, la National Gallery of Art de Washington, le Courtauld Institute of Art de Londres, le Museo Thyssen de Madrid ou le Fine Arts Museum de Budapest…, auxquelles s’ajoutent une vingtaine de céramiques et de sculptures.

Des affinités de style
En suivant l’artiste jusqu’en 1887, date de la dernière exposition impressionniste, la présentation met en évidence les affinités qui existent entre ces œuvres de la première moitié de sa carrière et les peintures de Pissarro, Degas, Cézanne ou Monet de la même période.
 Gauguin est alors stylistiquement très proche de ces artistes, peignant des paysages en petites touches, dans des tonalités claires, harmonieuses et douces, des portraits naturalistes, des natures mortes encore peu inventives.
Une peinture sage dont on sent pourtant déjà, par une couleur plus franche posée ici ou là en touche plus large, un cadrage plus audacieux ailleurs, qu’elle ne correspond pas tout à fait à la conception que Paul Gauguin a de la peinture, celle qu’il développera magistralement aux côtés de ses camarades de l’école de Pont-Aven ou lors de ses deux voyages dans les mers du Sud.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°577 du 1 février 2006, avec le titre suivant : Quand Gauguin était impressionniste

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque