Vendredi 23 octobre 2020

Art contemporain

Peter Doig, rendez-vous en terrain connu

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 19 février 2014 - 596 mots

Alors que le protocole des inaugurations de son exposition « Nulle terre étrangère » battait son plein au Musée des beaux-arts de Montréal, la surprise de recevoir un chandail de hockey étiqueté à son propre nom des mains de l’actuel entraîneur de l’équipe montréalaise sortit Peter Doig de sa réserve. Et lorsque, le lendemain, deux anciens joueurs de l’équipe des Canadiens de Montréal lui ont offert le maillot d’Yvan Cournoyer, joueur préféré du peintre lorsqu’il était jeune, la joie était palpable.

Ce retour en terres hivernales prenait un tour sentimental pour Doig, qui vécut à deux reprises à Montréal et dans sa région, de 1966 à 1974 puis de 1986 à 1989. Lui qui vit désormais sur l’île de Trinidad dans les Caraïbes,  retrouvait ainsi amis et famille, le goût de l’hiver brutal et mordant, mais aussi celui du hockey. D’autant que les questions sur les tarifs faramineux atteints par ses œuvres sur le second marché – depuis 2007 et le record de 11,3 millions de dollars pour White Canoe – commençaient visiblement à l’agacer.

Né en Écosse d’un père originaire de Trinidad, Doig a vécu une courte partie de sa petite enfance là-bas avant d’atterrir à Montréal. L’enfance est québécoise, puis canadienne lorsque tout ce petit monde déménage dans la province voisine, en Ontario, dans les années 1970. Puis vient l’appel de Londres, une formation au Saint Martins College et l’enseignement de John Stezaker, maître en collage ; les premières expositions aussi à partir des années 1980 et l’incompréhension devant une peinture jugée plutôt réactionnaire pour l’époque. Doig se replie donc à Montréal, vivote, expose dans un centre d’artistes autogéré (Articule), mais n’y rencontre pas plus de succès. Il repart à Londres et rejoint la Chelsea School of Art. L’époque des YBAs, les Young British Artists, n’est pas encline à célébrer les peintres ; pourtant, Doig se voit nominé au Turner Prize en 1994. C’est le début d’une ascension progressive mais qui ne souffrira désormais plus aucun retard.

Un peintre accompli
Peter Doig est depuis devenu une référence en matière de peinture postmoderne : érudite et libre, hédoniste et réfléchie. Ces paradoxes sont parfaitement assumés dans l’exposition bien ordonnée du Musée des beaux-arts de Montréal. Concentrée sur la production des dix dernières années à Trinidad, l’exposition ne revient pas sur les toiles inspirées par l’hiver, les bois, des ambiances mystérieuses et lourdes. Désormais, les tableaux élégiaques semblent davantage les héritiers de Gauguin, Sérusier, Bonnard, moins de Munch ou Tom Thomson (éminent peintre canadien du Groupe des sept hélas méconnu en France). L’exposition réunit une quarantaine de tableaux dont certains témoignent d’une puissance qui n’était pas si évidente dans la monographie parisienne de 2008. La maturité picturale de Doig est désormais palpable, son assurance laissant éclater les coloris, les aplats, et quasiment l’abstraction. Le peintre assume même de dévoiler ses notes visuelles et ses tâtonnements. Doig est revenu en terre familière en peintre accompli et solaire.

Repères

1959
Naissance à Edimbourg

1980-1983
Suit le cursus de la Saint Martins School of Art à Londres

1991
Exposition personnelle à la White Chapel Art Gallery

2008
Exposition rétrospective organisée par la Tate Britain, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et la Schirn Kunsthalle de Francfort

2013
Vit et travaille à Trinidad
 

« Peter Doig. Nulle terre étrangère »

Jusqu’au 4 mai 2014. Musée des beaux-arts de Montréal.
Ouvert du mardi au vendredi de 11 h à 17 h. Nocturne le mercredi jusqu’à 21 h.
Le dimanche de 10 h à 17 h. Tarifs : 15 et 9 €. Commissaire : Stéphane Aquin, conservateur.
www.mbam.qc.ca

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°666 du 1 mars 2014, avec le titre suivant : Peter Doig, rendez-vous en terrain connu

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