ART CONTEMPORAIN

Othoniel sur la vague

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 5 juillet 2017 - 665 mots

L’artiste a troqué la perle contre la forme parallélépipédique de la brique pour de nouvelles sculptures de verre présentées au Crac de Sète.

Sète, Montpellier. En 1988, Noëlle Tissier, qui venait de fonder la résidence d’artistes Villa Saint-Clair, à Sète (Hérault), y invitait Yan Pei-Ming, Jean-Michel Othoniel et Philippe Perrin. Presque trente ans plus tard, celle qui en 1997 créera le Crac (Centre régional d’art contemporain) également à Sète, a décidé avant de partir à la retraite, de boucler la boucle et de montrer à nouveau ces artistes, sous l’intitulé « Les premiers seront les derniers ». Après Ming l’année dernière, est présenté cet été Othoniel, en deux volets puisqu’il est également exposé au Carré Saint-Anne à Montpellier – l’exposition « Philippe Perrin » n’a pu se faire.

Une claque visuelle
À Sète, la grande vague (The Big Wave) qui occupe la première salle est une déferlante et une claque visuelle, formelle, émotionnelle. L’œuvre de 25 tonnes, 6 m de haut et 15 m de long est composée de plus de 10 000 briques de verre bleu nuit, du verre miroité, comme nacré. Saisissant, oppressant. Lorsqu’il a été invité, Othoniel s’est rappelé que c’est à Sète, en 1857, que Gustave Le Gray réalisa sa photographie intitulée La Grande Vague. Il a évidemment aussi pensé à Hokusai et s’est souvenu qu’en 2011 il était lui-même au Japon pendant le tsunami de Fukushima. La vague d’Othoniel est aussi un raz de marée : lui qui depuis 1992 nous a habitués au cercle de ses perles de verre, fait là sa révolution avec le parallélépipède en verre qu’il est allé faire fabriquer à Firozabad, en Inde.

On retrouve l’idée de tornade en fin de parcours, avec ces grandes spirales « Tornado », sculptures mobiles en perles de métal chromé ; suspendues au plafond, elles tournent sur elles-mêmes comme un défi à la résistance des matériaux, comme un rappel de la structure de l’ADN, comme une invitation au miroir puisque le visiteur se reflète dedans, évocation du corps. Mais avant cela, la révolution continue dans deux autres salles avec la présentation d’une dizaine de sculptures, des météorites en obsidienne taillées, sculptées et posées sur des socles en bois. Exit la perle, place au polyèdre. Autre nouveauté un peu plus loin : c’est la première fois qu’Othoniel montre une série de toiles en tant qu’œuvres autonomes. Il y en a neuf ici, d’une grande densité, recouvertes de carrés d’or blanc avec en leur centre, peint à l’encre, un lotus noir. Deux d’entre elles semblent dessiner les ombres portées des deux sculptures en perles qui, sur le même thème, traduisent la plante en volume, au milieu de la salle. La perle a toujours été un module qui, mis en lignes, arabesques, spirales, nœuds, cerceaux…, permet à l’artiste de dessiner dans l’espace tout ce qu’il veut. Ce que confirme l’accrochage d’une centaine de dessins déployés au premier étage, de ses débuts à aujourd’hui.

Des briques de verre, on en retrouve au Carré Saint-Anne, mais bleu turquoise, suspendues ou accrochées aux murs de cette église désacralisée ou disposées en socle pour accueillir différentes sculptures de l’artiste. Celles qui constituent la collection personnelle d’Othoniel. Celles qu’il a conservées au fil des ans, qui offrent un voyage dans le temps de son œuvre et rappellent les différentes strates et étapes successives qui la constituent.

Outre sa qualité intrinsèque, cette sélection nécessairement intime – les petits cailloux de son jardin secret, sa carte personnelle du Tendre – est une parfaite introduction aux œuvres nouvelles de Sète. Elle en est le préambule et le complément direct pour comprendre d’où il vient et où il en est. Ainsi, comme l’indique le joli titre « Géométries amoureuses », l’artiste est toujours campé sur les figures de l’oxymore et du paradoxe qui animent sa démarche depuis toujours. À l’exemple de cette grande vague dont les gouttes ne sont pas des perles, comme on aurait pu s’y attendre avec Othoniel, mais des briques, autrement dit des gouttes rectangulaires. À croire qu’un jour il arrivera à faire se rencontrer des parallèles.

Othoniel, géometries amoureuses,
jusqu’au 24 septembre, Centre régional d’art contemporain, 26, quai Aspirant-Herber, 34200 Sète ; Carré Saint-Anne, 2, rue Philippy, 34000 Montpellier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°483 du 7 juillet 2017, avec le titre suivant : Othoniel sur la vague

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