Art contemporain

Orlan : vous n’en sortirez pas indemne

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2003 - 398 mots

C’était à la Fiac il y a 25 ans ! Pour une pièce de cinq francs, le visiteur avait droit au baiser de l’artiste. Assise derrière une photographie grandeur nature de son buste nu, Orlan s’offrait à l’amateur d’art en quête de sensations nouvelles. L’événement fit scandale et si l’artiste fut virée du poste d’animateur socioculturel qu’elle occupait, elle se fit d’emblée un nom. Fondée sur une réflexion du rôle du corps de la femme tant dans l’art que dans la société, Orlan a construit depuis lors une œuvre forte, puissamment originale, dont les modalités souvent spectaculaires le disputent aux qualités purement esthétiques. La façon qu’elle a de se mettre en jeu relève du choix qu’elle a fait de se servir de son corps comme médium, non pas sur un mode narcissique mais parce qu’il est le vecteur le plus approprié à toute préoccupation artistique qui interroge la question de l’image. A fortiori, celle de la beauté, de ses canons et de sa potentielle représentation. Dans le cadre de cette recherche, Orlan a multiplié les terrains opératoires mêlant les pratiques de la photo, de la sculpture, de l’installation, de la vidéo et de la performance, allant jusqu’à recourir à la chirurgie esthétique pour mieux entrer dans la peau de figures référentielles comme la Joconde ou la Vénus de Botticelli par exemple. De ses premiers travaux aux récents morphings informatiques, le parcours dans l’œuvre que lui consacre le Frac des Pays de la Loire atteste d’une trajectoire sans faille. Toujours soucieuse de pousser le regard de l’autre jusque dans ses retranchements et de lui faire prendre conscience du prix de la beauté, Orlan ne cesse de développer une œuvre prospective qui conjugue avec une rare intelligence et une vraie pertinence les modèles du passé aux techniques les plus à la pointe. Si certaines de ses images ont du mal à passer aux yeux d’un public toujours sensible aux atteintes dont le corps est l’objet, c’est parce qu’il ne sort jamais indemne de leur expérience et que celles-ci le touchent au plus profond. Qu’elles le perturbent dans son intimité. En son for intérieur. Auteur d’un Manifeste de l’art charnel, Orlan est assurément la seule artiste qui, à l’époque post-moderne, a instruit son art d’une telle dimension incarnée. Au sens exploratoire d’un vécu, d’une épreuve.

CARQUEFOU, Frac Pays de Loire, La Fleuriaye, tél. 02 28 01 50 00, 28 novembre-9 février.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°543 du 1 janvier 2003, avec le titre suivant : Orlan : vous n’en sortirez pas indemne

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