Vendredi 19 octobre 2018

Musée du Nouveau Monde, La Rochelle Jusqu’au 12 juillet 2010

Noir et méprisé, et pourtant si à la mode

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 366 mots

Comment commémorer de façon pédagogique l’abolition de l’esclavage le 10 mai ? En éclairant d’un jour nouveau un pan entier de notre histoire, comme le fait très intelligemment le musée du Nouveau Monde de La Rochelle.

Car, si les conditions de vie des esclaves noirs dans les îles françaises et la Guyane sont relativement bien connues, on sait en revanche fort peu de choses sur leur statut et leurs activités en métropole au cours du xviiie siècle. Reposant sur les travaux de l’historien Érick Noël, l’exposition confronte ainsi tableaux, sculptures, estampes et documents d’archives pour tenter de cerner ce phénomène historique et social. Concentrés à Paris ou dans les grands ports de la façade Atlantique, ils arrivaient soit directement d’Afrique, soit des Antilles où ils avaient été précédemment asservis.

La situation était on ne peut plus hypocrite, puisque la France, « mère de liberté », ne tolérait aucun esclave sur son sol, mais encourageait fortement l’esclavage dans ses colonies pour les raisons économiques que l’on sait. Écartelée entre de timides velléités de tolérance et d’assimilation et une politique répressive limitant les entrées et les droits de séjour, la France du xviiie siècle apparaît quelque peu schizophrène.

Car s’il est craint, méprisé, voire abhorré, le Noir est, dans un même temps, furieusement à la mode ! Apprenti, domestique, page, ou simple « accessoire de frivolité », il « pimente » de sa silhouette exotique le décor des grandes demeures et inspire le pinceau des peintres. Sur cette toile de Nicolas de Largillière, un jeune négrillon sert ainsi de faire-valoir à la blancheur du teint de sa maîtresse. Parfois cependant, la singularité du modèle happe le regard, comme en témoigne ce magnifique buste du « nègre Paul » par le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle.

Excepté quelques cas isolés (dont le futur général Thomas-Alexandre Dumas né sur une plantation de Saint-Domingue), être noir en France au xviiie siècle n’était pas une sinécure. Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour que la France renonce définitivement à la pratique barbare de l’esclavage…

« Être noir en France au xviiie siècle », musée du Nouveau Monde, 10, rue Fleuriau, La Rochelle (17), tél. 05 46 41 46 50, jusqu’au 12 juillet 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Noir et méprisé, et pourtant si à la mode

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