Mercredi 25 novembre 2020

Histoire

XIXE SIÈCLE

Napoléon III, empereur des archéologues

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2020 - 656 mots

Passionné par César et la Rome impériale, Napoléon III a fait réaliser des fouilles pour en apprendre plus. Il a ainsi posé les fondements d’une archéologie scientifique.

Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).« Napoléon III envisage, probablement dès les années 1830, de rédiger une biographie de Jules César », écrit, dans le catalogue, Corinne Jouys Barbelin, commissaire de l’exposition « D’Alésia à Rome, l’aventure archéologique de Napoléon III », présentée au Musée d’archéologie nationale. L’ouvrage paraîtra finalement en 1865, avec une préface dans laquelle l’Empereur dit vouloir « prouver que, lorsque la Providence suscite des hommes tels que César, Charlemagne, Napoléon, c’est pour tracer aux peuples la voie qu’ils doivent suivre. ». Comme a pu l’écrire Christian Goudineau dans César et la Gaule (éd. Errance, 1990) : « Le propos relève clairement de l’idéologie : il s’agit de montrer que le “césarisme” fait le bonheur des peuples. » Napoléon III (1808-1873) n’écrivit que deux tomes et le colonel Eugène Stoffel a publié la suite en 1887. Alors officier d’ordonnance de l’Empereur, il avait dirigé les fouilles d’Alésia vingt-cinq ans plus tôt.Cette fascination de Napoléon III pour le personnage de César et pour la Rome impériale est le sujet de l’exposition de la centaine d’objets et documents dans l’ancien musée gallo-romain qu’il a fondé.

Passionné d’archéologie, l’Empereur souhaitait en faire une science. Vers 1850, il finança la fouille des ruines gallo-romaines de Champlieu (Oise), dans la forêt de Compiègne. Plus tard, toujours à propos de César, il fit explorer, en Tunisie, le site de la bataille de Thapsus et fit chercher en Cappadoce les traces de la guerre contre Pharnace. Pour comprendre le déroulement de la guerre des Gaules, il lui fallait situer les lieux des combats, établir une cartographie et trouver trace des villes et des camps militaires : créée en 1858, la Commission de topographie des Gaules fit remonter de toute la France les informations des universités ou des sociétés savantes locales.

Depuis très longtemps, on situe Alésia à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne. Napoléon III, qui savait cette thèse controversée, y dépêcha en 1861 une première équipe pour trouver des preuves archéologiques puis, en 1862, le baron Stoffel accompagné d’officiers, ingénieurs et savants. Il utilisera leurs travaux pour son Histoire de Jules César. Il reprendra également le projet de fouilles à Gergovie et au Puy-d’Issolud (Uxellodunum). Les documents (plans, coupes, photographies) présentés à l’exposition montrent la mise en place d’une démarche scientifique dans ces chantiers. On peut admirer aussi la coupe en argent doré (le « canthare d’Alésia ») qui fut envoyée dès sa découverte à l’Empereur et que celui-ci conserva plusieurs années aux Tuileries dans son cabinet de travail avant de la confier au musée gallo-romain.

Les jardins Farnèse fouillés

Sa passion pour la Rome antique et son amour de l’Italie, où il s’imaginait un destin politique, poussèrent le monarque à y réaliser également des fouilles. En 1861, il fait l’acquisition des jardins Farnèse, sur la colline du Palatin, et confie le site à l’archéologue italien Pietro Rosa. Les travaux sont documentés par les photographies de Pietro Dovizielli, dont Napoléon III avait apprécié le travail à l’Exposition universelle de 1855, et de l’Anglais John Henry Parker. Quant aux fresques découvertes dans la maison de Livie, elles sont copiées à taille réelle par le peintre Fortuné Layraud.

Très au fait des vertus de la communication et désireux de faire connaître l’Antiquité romaine et gallo-romaine au public, Napoléon III a fait reproduire les armes trouvées à Alise-Sainte-Reine ; a donné au Louvre des sculptures trouvées à Rome et a fait exécuter un moulage de la colonne Trajane, dont furent réalisées une copie par galvanoplastie et des photos. La plupart des découvertes du Palatin sont restées sur place, dans le musée qu’il y a fondé mais, à Saint-Germain-en-Laye, le public peut exercer son imagination devant les maquettes de machines de guerre romaines et de travaux de sièges. Le chef-d’œuvre dans ce genre étant le légionnaire romain sculpté en 1868 par Auguste Bartholdi, au plus près de la réalité révélée par les archéologues.

D’Alésia à Rome, l’aventure archéologique de Napoléon III,
jusqu’au 3 janvier 2021, Musée d’archéologie nationale, château de Saint-Germain-en-Laye, place Charles-de-Gaulle, 78105 Saint-Germain-en-Laye.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°555 du 13 novembre 2020, avec le titre suivant : Napoléon III, empereur des archéologues

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