Vendredi 20 septembre 2019

Monet - Un phare pour la modernité

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 23 août 2010 - 1182 mots

Le Grand Palais n’avait pas célébré Claude Monet depuis 30 ans. Cette rétrospective qui ouvre le 22 septembre 2010, ne propose pas de relecture radicale de l’œuvre du maître de l’impressionnisme, mais elle incite à la considérer à l’aune de la modernité.

« Je suis un Parisien de Paris. J’y suis né, en 1840 […] mais ma jeunesse s’est écoulée au Havre, où mon père s’était installé vers 1845 […]. Le collège m’a toujours fait l’effet d’une prison et je n’ai jamais pu me résoudre à y vivre […] quand le soleil était invitant, la mer belle, et qu’il faisait si bon courir sur les falaises… » Extraites d’un article intitulé « Claude Monet par lui-même », publié dans Le Temps fin 1900, ces lignes en composent pour partie le premier paragraphe. Monet s’y livre sans fausse pudeur ni langue de bois.

Rebelle, l’adolescent passe son temps à enguirlander ses cahiers de caricatures de ses maîtres. Très vite, il se fait connaître de tout Le Havre. À quinze ans, il reçoit plein de commandes quand un encadreur lui propose d’en vendre. Celui-ci exposant aussi Boudin, Monet ne tarde pas à le croiser. Quoique peu enclin à son genre de peinture, il le laisse faire son éducation artistique. « Mes yeux, à la longue, s’ouvrirent et je compris vraiment la nature… » Décidé à devenir peintre, Claude Monet s’installe à Paris pour apprendre le métier ; il a dix-neuf ans. 

Les années d’apprentissage
Inscrit à l’académie Suisse, Monet y fait la connaissance de Pissarro avec lequel il se lie d’amitié. Si Boudin reste son maître, il aspire toutefois à « voir avec plus de largeur la nature ». Quand vient le moment du service militaire, Monet tire un mauvais numéro et le voilà qui se retrouve en Algérie. Malade, il est rapatrié au bout de dix-huit mois au Havre où il rencontre Jongkind. Son père, qui a compris la détermination de son fils, condescend alors à le racheter, lui enjoignant de se mettre sérieusement au travail.

En 1862, Claude Monet se retrouve à Paris à l’atelier de Gleyre, mais l’enseignement étant trop attaché à l’antique, il n’y reste pas. En revanche, il y coudoie Bazille, Renoir et Sisley, attirés comme lui par la nature. Accepté au Salon de 1865, avec deux marines, Monet y connaît un succès immédiat et commence son Déjeuner sur l’herbe. De plus en plus adepte de la peinture en plein air, Monet n’arrête pas de naviguer entre Paris et la côte normande. En 1867, il épouse sa compagne, Camille Doncieux, dont il a un fils, mais la vie au quotidien n’est guère facile, car les ventes se font rares. Réfugié à Londres pendant la guerre de 1870, il y retrouve Pissarro et fait la connaissance de Paul Durand-Ruel qui va devenir son marchand. 

Premier accrochage chez Nadar
De retour fin 1871, il s’installe en famille à Argenteuil dont il multiplie les vues de la Seine et des voiliers. Avec Pissarro, Renoir, Sisley et quelques autres, ils forment peu à peu un petit groupe et décident d’organiser une exposition en marge du fameux Salon. Celle-ci a lieu en avril 1874 dans les locaux du photographe Nadar et vise à défendre une peinture de paysage, claire et colorée, faite en direct sur le motif. C’est le scandale. Le tableau de Monet Impression, soleil levant, figurant l’entrée du port du Havre, conduit le journaliste Louis Leroy à forger le terme d’impressionnisme.

Monet y rencontre Ernest Hoschedé, négociant en tissus de luxe, qui va devenir quelque temps son mécène. Ce dernier achète sans compter et commande à Monet quatre panneaux décoratifs pour son château de Mont­geron. Hélas ! au bout de quatre ans, c’est la faillite. Devenues amies, les deux familles Hoschedé et Monet se retrouvent à partager le même toit à Vétheuil, Monet avec sa femme malade et ses deux enfants, Alice Hoschedé avec ses six enfants, mais séparée de son époux. En 1879, Camille meurt, la vie de Monet bascule, et Alice et Claude décident de partager la leur. 

À Giverny, l’invention de la série
Pour l’artiste, l’installation à Giverny, en 1883, de la famille recomposée, signale le début d’une nouvelle aventure. À mi-temps de sa vie, après quarante-trois années au fil de la Seine, Monet jette l’ancre et son œuvre y trouve une nouvelle dynamique dans le principe de la série. Si, au début, le peintre mène encore de nombreuses campagnes de peinture ici et là, à Étretat, en Italie, en Hollande, à Antibes, à Belle-Île, dans la Creuse, c’est qu’il lui faut prendre son temps. Celui aussi d’asseoir cette nouvelle vie familiale, ce dont l’achat de la propriété en 1890 est le signe. Dès lors, hormis quelques séries peintes à l’étranger – en Norvège (1895), à Londres (1900 et 1904), à Venise (1908) –, Monet ne va plus cesser d’opérer sur le terrain même de son environnement immédiat. Il se saisit notamment des Meules (1891), des Peupliers (1892), des Matinées sur la Seine (1898), fait encore deux excursions, l’une à Rouen pour les Cathédrales en 1892-1893, l’autre à Vétheuil en 1901, pour se concentrer sur les Nymphéas (1897-1919).

Dès 1893, Monet, qui veut créer comme un microcosme, s’est porté acquéreur d’un terrain de l’autre côté de la route pour y creuser un bassin. Très vite, l’idée lui vient de créer une pièce circulaire tout entière recouverte de peintures de nymphéas dans laquelle le spectateur serait invité à s’immerger. En cette attente, le peintre réalise tout d’abord une série de Bassin aux nymphéas (1900) puis tout un ensemble exécuté au fil des ans de Paysages d’eau (1903-1909). 

Des Nymphéas pour la France
Enfin, à 74 ans, Monet à nouveau veuf fait construire un immense atelier destiné à la réalisation de son projet. Quoique atteint de la cataracte, il y décline toute une série de grands panneaux, bousculant toutes les conventions picturales en usage. En 1918, pour célébrer la victoire en hommage à son vieil ami Clemenceau, il offre à la France deux, puis dix-neuf de ces panneaux. Le 5 décembre 1926, Claude Monet meurt. Installées à l’Orangerie, ses Grandes Décorations des Nymphéas sont inaugurées en mai 1927. Monet ne les y a jamais vues.

Biographie

1840 Naît à Paris.
1857 Premiers dessins, des caricatures de notables havrais.
1858 Initié à la peinture en plein air par Boudin, expose au Havre.
1859 À l’académie de Charles Suisse à Paris, rencontre Pissarro, Guillaumin, Cézanne, etc.
1860 Service militaire en Algérie, où les lumières et les couleurs sont les « germes de ses recherches futures ».
1862 Jongkind devient son « vrai maître ».
 1867 Femmes au jardin : sa compagne, Camille Doncieux, pose pour les quatre personnages.
1871 À Londres, admire Turner à la Tate et rencontre le marchand d’art Paul Durand-Ruel.
1874 Impression, soleil levant est présenté à la première exposition du groupe des impressionnistes, dans les salons du photographe Nadar.
 1883 S’installe à Giverny.
 1892 Épouse Alice Hoschedé, veuve du collectionneur de tableaux impressionnistes, Ernest Hoschedé.
1892 Réalise sa série des Cathédrales.
1914 Clemenceau l’encourage à poursuivre sa série des Nymphéas, bien qu’il soit atteint de cataracte.
1926 Décède à Giverny.

À visiter
Du 7 octobre au 20 février, le musée Marmottan Monet à Paris présentera, parallèlement à la rétrospective du Grand Palais, l’exposition « Claude Monet, son musée ». Pour la première fois, l’intégralité de la collection Monet, la plus riche au monde, sera présentée au public, soit 136 œuvres du maître. www.marmottan.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°627 du 1 septembre 2010, avec le titre suivant : Monet - Un phare pour la modernité

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