Vendredi 28 février 2020

Grimaces

Messerschmidt, ou les tressautements de l’âme

Dans le cadre de sa saison consacrée au XVIIIe siècle, le Musée du Louvre propose la première exposition monographique sur l’œuvre de Franz Xaver Messerschmidt en France.

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 2 février 2011 - 366 mots

D’une grande puissance esthétique et émotionnelle, les œuvres du sculpteur Franz Xaver Messerschmidt ont conservé tout leur mystère.

PARIS - Que les bustes en métal de Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) continuent d’interpeller le public du XXIe siècle est bien la preuve de leur singularité, pour ne pas dire contemporanéité. De ce sculpteur d’origine bavaroise, dont la brillante carrière de portraitiste à Vienne auprès de la cour impériale et des membres de l’élite a été brutalement interrompue par des troubles du comportement avérés, il nous reste la trace de quarante-neuf « têtes de caractères ». Le Musée du Louvre présente aujourd’hui une vingtaine de ces modèles. L’occasion d’observer ces œuvres au plus près et dans des conditions idéales – grâce à une scénographie laissant une large place à un travail scientifique poussé –, est une première en France. Ces têtes de caractère ne sont pourtant pas étrangères au public parisien ; elles ont déjà figuré dans diverses expositions, mais toujours à titre accessoire. Cependant, l’intérêt du sculpteur pour l’étude du corps humain et la versatilité de son expressivité, mais surtout ses liens avec les milieux médicaux et intellectuels, n’avaient jamais pu être décrits dans toute leur étendue.

Ici, le travail de Messerschmidt se dévoile en toute sobriété : l’aspect brut des têtes, la texture veloutée de la fonte et la force expressive des visages n’en sont que plus manifestes. Le visiteur devra cependant prendre soin de ne pas prendre au pied de la lettre les titres qui les accompagnent ; ils ont été donnés aux œuvres en 1793, soit dix ans après la mort de l’artiste, à l’occasion d’une exposition à Vienne. Le visage de L’Homme de mauvaise humeur peut ainsi évoquer plusieurs sentiments contradictoires. Il n’est pas surprenant que ce corpus ait obnubilé les psychanalystes de l’école viennoise, tant il est tentant de voir dans chaque tête une variation de ses propres états d’âme.

FRANZ XAVER MESSERSCHMIDT (1736-1783)

jusqu’au 25 avril, Musée du Louvre, 75001 Paris, tél. 01 40 20 50 50, www.louvre.fr, tlj sauf mardi 9h-18h, 9h-22h le mercredi et le vendredi. Catalogue, coéd. Musée du Louvre/Officina Libraria (Milan) et Neue Galerie (New York) (ouvrage disponible en anglais), 224 p., 200 ill., 39 euros, ISBN 978-88-89854-62-4

L’art allemand et autrichien à New York

Cette exposition a été organisée par le Musée du Louvre en collaboration avec la Neue Galerie, Museum for German and Austrian Art, où elle a été présentée à l’automne dernier. Ce musée new-yorkais spécialisé en art allemand et autrichien du début du XXe siècle a ouvert ses portes en 2001. Présidée par le collectionneur richissime Ronald S. Lauder, l’institution s’illustre régulièrement par la qualité de ses collections et de ses expositions et a fait la Une en 2006 en rachetant le Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I de Gustav Klimt, que le Belvédère à Vienne venait à peine de restituer.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°340 du 4 février 2011, avec le titre suivant : Messerschmidt, ou les tressautements de l’âme

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