Art ancien

ANTIQUITÉ

Matrone et « Augusta » au Musée de la romanité

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 29 novembre 2021 - 476 mots

NîMES

Ce parcours sur les femmes durant la période impériale romaine donne l’occasion de s’interroger sur leur place dans la société antique.

A gauche : Tête-portrait de femme de l'époque d'Hadrien sur buste moderne, dite Giulia de Titus. A droite : Buste d'anonyme, dite Agrippine Majeure. © Gallerie degli Uffizi
A gauche : Tête-portrait de femme de l'époque d'Hadrien sur buste moderne, dite Giulia de Titus. A droite : Buste d'anonyme, dite Agrippine Majeure.
© Gallerie degli Uffizi

Nîmes. Dans la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, Fundania Zosime élève un autel à la mémoire de son mari. Elle en profite pour faire étalage de sa réussite sociale, et de sa liberté, elle qui a épousé un de ses esclaves... une importante transgression de la norme dans la Rome impériale. Si cette stèle témoigne d’une certaine marge de liberté, le sort de Fundania reste une exception : c’est ce que le Musée de la romanité met en lumière, avec son parcours « Portraits et secrets des femmes romaines », une exposition produite par le Musée des offices de Florence.

La matrone – femme d’intérieur, pudique, absorbée dans le travail domestique – et les écarts, tolérés ou condamnés, à cette référence sont le sujet de ce petit parcours. Organisée autour d’une longue succession d’autels commémoratifs, l’exposition au ton érudit et à la scénographie sobre met en scène les sources de la recherche sur le statut des femmes romaines. Bustes, sculptures, monuments publics, mais surtout sources épigraphiques, dont les autels.

Des femmes modèles

C’est sur l’un d’eux que l’on découvre l’attachement des Romains au statut de mère, de matrone, dont les impératrices incarnent un idéal, mais aussi le rôle public auquel les femmes accèdent peu à peu, sur le modèle des mêmes impératrices, élevées au rang honorifique d’« Augusta ». Lorsque les femmes acquièrent un pouvoir trop important et représentent un danger pour le pouvoir masculin, un répertoire de calomnies bien réglé leur est destiné : empoisonneuses, adultères, comme en témoignent certains autels. Et lorsque malgré ces écueils, certaines exceptions parviennent à goûter à la liberté, comme Fundania Zosime, elles ne se privent pas de le faire savoir, toujours sur les autels. Ces vestiges éloquents forment ainsi la colonne vertébrale du parcours. Ils parlent d’eux-mêmes tant le message inscrit dans la pierre est clair. Dommage que le découpage du parcours en sections soit parfois redondant.

Pour le Musée de la romanité, ce parcours est aussi l’occasion de participer aux débats autour de la place de la femme dans nos sociétés contemporaines. Nul raccourci trop rapide entre le contexte antique et le nôtre dans cette exposition historique, ces débats prendront place dans un cycle de conférences organisé autour de l’exposition. Chercheuses et chercheurs y présenteront l’état de la recherche sur le statut des femmes dans l’Antiquité, mais aussi sur la question du genre dans la recherche archéologique, ou la survivance du mythe de la virilité. Ce cycle se conclura en mars prochain par une conférence comparative sur les droits des femmes de l’Antiquité romaine et du XXIe siècle. Une manière de repositionner le Musée de la romanité dans cette « Antiquité au présent », slogan de la candidature nîmoise pour l’Unesco dans laquelle s’inscrivait la construction de la jeune institution.

Portraits et secrets des femmes romaines,
jusqu’au 8 mars 2022, 16, boulevard des Arènes, 30900 Nîmes.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°578 du 26 novembre 2021, avec le titre suivant : Matrone et « Augusta » au Musée de la romanité

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