SURRÉALISME

Masson à fleur de bronze

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 5 juillet 2017 - 505 mots

Le Musée de l’hospice Saint-Roch dévoile un aspect méconnu du travail de l’artiste surréaliste : son œuvre sculpté.

Issoudun (Indre). L’imaginaire tourmenté d’André Masson (1896-1987), écartelé entre bestialité et transcendance, son inclination pour l’érotisme, la violence sacrificielle et la mythologie tragique apparaissent au Musée de l’hospice Saint-Roch, transcrits dans le bronze. Métamorphose (1927), sa première sculpture, célèbre l’union du monde chthonien (du Grec khthôn : qui est né de la terre), figuré par le serpent, avec le monde céleste représenté par le cercle que forme l’homme-serpent dévorant sa propre queue (ouroboros). Après avoir transposé « la poïétique du premier Surréalisme (celui de l’automatisme absolu) au domaine plastique, André Masson a relevé un défi supplémentaire en l’appliquant à la sculpture », souligne Didier Ottinger dans le catalogue de l’exposition.

« Saturne au regard halluciné »
L’exposition « André Masson, la sculpture retrouvée » dévoile une facette peu connue du travail du surréaliste. Elle réunit 17 de ses 26 sculptures. « Durant les dernières années de sa vie, Masson reconsidère son œuvre sculpté. Il se consacre alors, sous l’impulsion de la Galerie Due Ci à Rome, chez qui il expose depuis 1980, à la réalisation de fontes en bronze des sculptures qu’il a créées depuis 1927 », explique Patrice Moreau, commissaire de l’exposition et conservateur du Musée de l’hospice Saint-Roch. Certains de ses bronzes sont antérieurs. Quelques-uns ont été édités par la Galerie Louise Leiris à partir de 1965 comme son Saturne au regard halluciné ou sa Femme tourmentée aux membres recroquevillés autour d’un tronc torsadé, hérissé de tétons et de vulves béantes. Quelques autres datent du début des années 1980 tels Animaux accouplés ou Extase, figurant des formes mi-animales mi-abstraites (cônes inversés plantés dans le socle de la sculpture, serpent pénétrant un cercle) tendues vers le ciel.

Ces sculptures n’ont pas été montrées en France depuis près de trente ans. Présentées pour la première fois à la Fiac (Foire internationale d’art contemporain) à Paris en 1986, sur le stand de Due Ci, elles l’ont été ensuite en 1989 en Allemagne (« Masson, l’insurgé du XXe siècle »), puis en 1990 à Auxerre.

Le parcours chronologique, intelligemment conçu, est divisé en quatre salles progressant de 1927 à 1987. Il fait dialoguer les sculptures de Masson avec son œuvre gravé, ses dessins et ses tableaux. Formes logiques, une encre sur papier figurant trois silhouettes ascétiques et filiformes révèle l’influence d’Alberto Giacometti. « Certaines formes trop minces et allongées n’avaient pas de tenue et retombaient après mes manipulations rapides. C’est alors que Giacometti[…] m’enseigna quelques solutions techniques, comme celle de l’armature car mes premiers essais étaient très déliés – le plâtre ne tenait pas », s’amuse l’artiste (Roger Passeron, André Masson, Catalogue général de la sculpture, 1987, Turin). Son Homme cosmique (encre de 1937), fruit de l’union du Soleil et de la Lune, du monde végétal et animal, traduit, lui, une de ses convictions fondamentales : « ne jamais séparer l’homme de la nature ».

Légende Photo

André Masson, Extase, 1938-1986, bronze, 94,5 x 61,4 x 34,3 cm. © André Masson.

Andre Masson, La sculpture retrouvée,
jusqu’au 3 septembre, Musée de l’hospice Saint-Roch, rue de l’Hospice-Saint-Roch, 36105 Issoudun.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°483 du 7 juillet 2017, avec le titre suivant : Masson à fleur de bronze

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