Samedi 15 décembre 2018

Lipchitz, le constructeur

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005 - 428 mots

Chaïm Jacob Lipchitz (1891-1973) – dit Jacques Lipchitz – arrive à Paris en 1909 de sa Lituanie natale. Il développe tout d’abord un art qui use de formes géométriques simplifiées illustrant le retour au classicisme grec, l’une des caractéristiques du renouvellement de la sculpture au début du xxe siècle.
Installé à Montparnasse en 1911, il se lie d’amitié avec Brancusi et Modigliani mais, très vite, l’artiste découvre le cubisme, et sa rencontre avec Picasso et Juan Gris le conduit à évoluer vers une stylisation et une décomposition formelle de plus en plus appuyées. À ce point même qu’il aboutit dès 1915 à une forme d’abstraction qui est faite tantôt de « figures démontables », dont les plans découpés s’emboîtent les uns dans les autres, tantôt de structures qui sont puissamment architecturées.
Si son Marin à la guitare, un bronze doré de 1914-1915, est familier des figures cubistes, sa Baigneuse exécutée en 1917, réalisée en plâtre patiné, se résout bien davantage à un simple jeu de construction. Présentées dans le pavillon de L’Esprit nouveau de Le Corbusier à l’exposition des Arts décoratifs de 1925, ces deux sculptures en disent long sur la passion de Lipchitz pour l’architecture. Cette année-là d’ailleurs, le sculpteur s’installe à Boulogne-Billancourt dans une maison construite par ce dernier mais dessinée par lui, participant de la sorte à l’aventure esthétique de son ami.
Dans son nouvel atelier, à l’épi­derme béton blanc et fenêtres-bandeaux, Lipchitz invente ce qu’il appelle ses « transparents », inaugurant une forme nouvelle et pleinement personnelle, d’un expressionnisme quasi flamboyant. Il s’agit de constructions légères à claire-voie faites d’éléments de bois et de cartons découpés, moulées et fondues par la suite en bronze à la cire perdue, puis retravaillées en surface par la main de l’artiste. Lipchitz qui se libère ainsi du carcan cubiste quête après une expression plus spontanée par le contour, l’arabesque et les vides, se plaisant à développer une figuration néoclassique.
Il aborde différents thèmes universels, volontiers mythologiques, religieux ou bibliques, comme celui du Chant des voyelles – inspiré d’une prière égyptienne rituelle – ou celui de Prométhée (1931) – en rapport avec la persécution des intellectuels par le fascisme. Contraint par celui-ci à l’exil du fait de sa judaïté, Lipchitz quitte la France en 1941 pour s’installer définitivement aux États-Unis. L’exposition que consacre le musée des Années 30 à ses « années françaises » permet de replacer dans son contexte une œuvre par trop mal connue.

« Jacques Lipchitz, les années françaises de 1910 à 1940 », musée des Années 30, 28 av. André Morizet, Boulogne-Billancourt (92), tél. 01 55 18 53 00, 6 octobre-30 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : Lipchitz, le constructeur

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