Samedi 7 décembre 2019

Art contemporain

XXE SIÈCLE

L’influence de Magritte sur l’art contemporain

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2018 - 514 mots

Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique explorent l’héritage du monument de l’art belge.

Bruxelles. La Belgique fête cette année le 50e anniversaire du décès d’un de ses ambassadeurs, René Magritte (né en 1898 à Lessines). Pour l’occasion, à travers une sélection de plus de 150 œuvres, les Musées royaux des beaux-arts se penchent sur l’influence que ce surréaliste a pu avoir sur la scène artistique dans son pays et à l’étranger. L’ampleur de la tâche est de taille tant ce monument de l’art belge a marqué et inspiré les artistes.

Dans les années 1960, émerge celui qui allait s’imposer comme son héritier officiel : Marcel Broodthaers, de 26 ans son cadet. Si d’autres artistes belges pourraient sans aucun doute être ralliés à la cause, c’est à cette filiation que les Musées royaux consacrent près de la moitié de l’exposition. Exit donc le surréalisme. Broodthaers voyait en Magritte un précurseur du pop art et de l’art conceptuel. Pour entamer le dialogue, Stéphane Mallarmé est convoqué afin de mettre en avant l’extrême attention portée par ces deux artistes belges à la plasticité du langage. Des œuvres majeures de Broodthaers comme Pense-bête (1964) Le Corbeau et le Renard (1967-1972) ou ses « poèmes industriels » jalonnent le parcours, témoignant de tout ce que ce dernier doit à Magritte sur le plan conceptuel. Et c’est donc tout naturellement que ces jeux langagiers débouchent sur l’art conceptuel, avec notamment une œuvre significative de Joseph Kosuth, déclinant un radiateur à travers le mot, l’objet et son cliché photographique ou encore une plaque « mémorielle » de On Kawara. Le fameux tableau-mot de Magritte La trahison des images (1928-29) qui n’avait pas été présenté en Belgique depuis 1971, apparaît comme un précurseur de cette nouvelle tendance. Toutefois, l’enchaînement de sections thématiques assorties de titres énigmatiques transforme le parcours en un jeu de piste dans lequel on perd parfois un peu le fil.
 

Magritte et le pop art

L’histoire qui se noue entre Magritte, Broodthaers et le pop art aurait aussi méritée d’être plus clairement articulée. Magritte n’a jamais reconnu ce courant comme son héritier. Mais des œuvres, bien que tardives, sont là pour attester de cette filiation, comme une cible de Jasper Johns de 1979 ou des sérigraphies photographiques de Rauschenberg de la fin des années 1989. Si Magritte a pu influencer l’art conceptuel comme le fit Duchamp, il a aussi été regardé par les pop artistes qui d’ailleurs le collectionnèrent, à l’instar de Warhol fasciné par sa manière froide et répétitive de regarder les objets du quotidien. Dans des œuvres tout aussi tardives, Arman et César reprennent également à leur compte, de manière assez littérale, des objets magrittiens, pour leur rendre hommage.

La toute fin de l’exposition convoque quelques artistes contemporains comme Gavin Turk, David Altmejd ou George Condo, en s’appuyant notamment sur la « période vache » de Magritte. Et il est vrai que cette période, moquée à l’époque, a pu, à partir des années 1980 et le retour d’une certaine peinture, inspirer quelques artistes. Traitée de manière expéditive par manque de place, cette partie laisse pourtant un peu sur sa faim.

 

 

Magritte, Broodthaers & l’art contemporain,
jusqu’au 18 février 2018, Musée Magritte, 3, Rue de la régence, Bruxelles (Belgique).

 

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°492 du 4 janvier 2018, avec le titre suivant : L’influence de Magritte sur l’art contemporain

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