Mercredi 26 février 2020

Photographie

Copenhague (Danemark)

L’équation Man Ray

Ny Carlsberg Glyptotek Jusqu’au 20 septembre 2015

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 26 août 2015 - 434 mots

On peut être un grand photographe et se révéler bien mauvais peintre. Man Ray (1890-1976) appartient à cette catégorie, qui partage tout de même au moins un point commun avec Piero della Francesca et Léonard de Vinci, non pas la qualité d’exécution mais le goût pour les mathématiques et leurs projections formelles dans l’espace.

Car, comme ses illustres aînés de la Renaissance, Man Ray aime les « objets » mathématiques et ne s’en cache pas : « Je préférerai toujours les cônes et les cylindres aux vierges et aux crucifixions. Peut-on me blâmer pour cela ? » Certainement pas nous, pas après avoir vu la formidable exposition que lui consacre la Glyptoteket de Copenhague avant le Musée d’Israël à Jérusalem en octobre. L’exposition commence en 1934 avec la découverte par Man Ray d’une série de modèles mathématiques en trois dimensions à l’Institut Henri Poincaré. Ces objets fascinent tant le photographe qu’il en réalise une série photographique, Human Equations, qui illustrera un numéro célèbre des Cahiers d’art de Zervos consacré à « l’objet ». Copenhague rapproche ces photographies de leurs modèles prêtés par l’institut parisien. D’emblée, on comprend que l’artiste surréaliste est moins intéressé par les équations que par le pouvoir évocateur et la sensualité de ces étranges « objets », lesquels, sous l’objectif de Man Ray, deviennent un buste décapité, un masque ou un Colisée romain… Quand ils n’évoquent pas une sculpture moderne de Brancusi et Giacometti ou une architecture de De Chirico, ce que ne peut pas ignorer Man Ray ! Ces objets vont le hanter jusqu’en 1947, lorsque, rentré aux États-Unis, Man Ray reprend Human Equations, mais cette fois au pinceau pour en faire une nouvelle série qu’il intitule Shakespeare Equations. Certes les équations sont toutes relatives, puisque sous le pinceau de Man Ray deux et deux font vingt-deux (Julius Caesar, 1948), signe, encore une fois, que l’artiste est moins passionné par les additions que par les rencontres fortuites empruntées à Lautréamont. Éloquente, l’exposition, que les commissaires ont découpée en actes comme au théâtre, narre cette aventure en cent quarante-six œuvres, en prenant soin de montrer comment les modèles mathématiques de l’Institut Poincaré nourrissent la photographie de Man Ray, la photographie sa peinture, et ainsi de suite… D’ailleurs, les modèles étaient déjà présents en germe dans son travail, comme avec Lampshake, daté de 1919. Ainsi, devant les photographies Vénus (une paire de seins et un nombril formant une tête) et Anatomies (une tête renversée évoquant un sexe), comme devant la Vénus restaurée (un buste empaqueté comme le fut L’Énigme d’Isidore Ducasse en 1920), le visiteur en vient-il à songer au modèle mathématique « mo-18 ». Et de rentrer alors dans l’équation Man Ray.

« Man Ray, Human Equations »

Ny Carlsberg Glyptotek, Dantes Plads 7, Copenhague (Danemark), www.glyptoteket.dk

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°682 du 1 septembre 2015, avec le titre suivant : L’équation Man Ray

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