Photographie

Leçon d’humanistes

En trois cents images, l’histoire d’un métier, un regard sur le monde et une leçon de photographie

Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2008 - 554 mots

PARIS - On les appelait photographes, mais aussi illustrateurs, ils se disaient artisans, mais pas artistes et si à leur façon ils furent humanistes, c’était bien sans le savoir. Ils sont aujourd’hui une soixantaine à regagner dans la Bibliothèque nationale de France, la galerie qui les a accueillis sur ses cimaises de 1946 à 1951 dans le cadre du Salon national de la photographie. Des fonds de la Bnf qui comprennent plus de six millions d’images, les commissaires en ont extrait plus de trois cents, ainsi que de nombreuses publications de l’époque pour nous proposer un panorama de trente années d’une photographie dont « le sujet le plus important est l’homme, l’homme et sa vie si courte, si frêle, si menacée », dira Henri Cartier-Bresson. (1) Parmi ces photographes, il y a ceux qui sont devenus célèbres, Robert Doisneau, Willy Ronis, Izis et dont les noms servent de soustitre à l’exposition – cet alibi était-il nécessaire et le public ne se déplacerait- il que pour revoir ce dont il a déjà entendu parler ? Il y a également ceux que l’on connaît moins, comme Jean Marquis, Marcel Amson, voire même pas du tout, comme Ina Bandy ou Henriette Grindat. À l’heure où les expositions font l’objet d’un commerce international et circulent allègrement de capitales en capitales, ce travail de recherche et de découverte de la part des commissaires méritait d’être souligné.
Campagnes publiques d’information, actions caritatives, publicités, etc., la photographie répond partout présente pour passer le message et illustrer plaquettes, revues, catalogues. On prendra le temps au passage d’apprécier le velouté et la qualité des noirs de ceux qui ont été réalisés en héliogravure. À cette époque, ce n’est pas le  « regard » d’un photographe que l’on convoque, on lui passe tout simplement une commande. Il doit y répondre avec son professionnalisme habituel, même si le sujet n’est pas passionnant, car Le Baiser de l’Hôtel de Ville n’est pas toujours au rendez-vous. On découvre ainsi au fil de la visite, à côté de photos qui continuent à défier le temps, que Brassaï, Édouard Boubat, Robert Doisneau ont dû parfois réaliser des images assez banales qui ne sont pas caractéristiques de leur «style ». Mais à cette époque, la grande famille des photographes était généralement plus soucieuse qde trouver du travail que de récolter des honneurs.
Si on définit l’humanisme comme une confiance placée dans l’homme, l’exposition nous apprend aussi que la confiance faite à la photographie pour convaincre, informer, bien souvent mieux qu’un texte, était totale. Quand Edward Steichen lance Family of Man en 1955, lorsque Albert Plécy écrit une Grammaire élémentaire de l’image, c’est pour dire qu’une image « vaut mille mots », se lit comme un texte et est un langage universel. Mais tout langage a ses règles et même si elle doit se faire discrète, la technique est essentielle à la réussite du message. Et si nous, spectateurs, sommes toujours aussi réceptifs à ce que ces photographies ont à nous dire, c’est que la passion et l’amour du métier ont toujours guidé ceux qui les ont faites.

(1) Marie de Thézy, La photographie humaniste 1930-1960, Histoire d’un mouvement en France, Éditions Contrejour, 1992.
 

la photographie humaniste

1945-1968, jusqu’au 28 janvier, BnF Site Richelieu, 58 rue de Richelieu, 75002 Paris, Tél. 01 53 79 59 59, tlj sauf lundi 10h-19h, dimanche 12h-19h.

PHOTOGRAPHIES HUMANISTES

- Commissaires : Laure Beaumont Maillet, Dominique Versavel, Françoise Denoyelle - Scénographie : agence Pylône

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°250 du 5 janvier 2007, avec le titre suivant : Leçon d’humanistes

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