Mercredi 21 février 2018

Paris 1er

Le grand Robert

Musée du Louvre jusqu’au 30 mai

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

On se rend au Louvre avec une certaine excitation teintée d’appréhension, comme pour des retrouvailles longuement attendues.

Hubert Robert (1733-1808) nous a en effet fait languir. Cela fait presqu’un siècle qu’il n’avait pas fait l’objet d’une vraie rétrospective en France. Certes, depuis 1933 il y a eu des manifestations thématiques ou croisées, mais point de vision aussi roborative de cette carrière fleuve amorcée sous Louis XV et achevée sous Napoléon Ier. Inutile de faire durer le suspense, les retrouvailles sont réussies et réjouissantes. Réussies, car les œuvres clefs sont au rendez-vous. Cent quarante pièces triées sur le volet et issues des plus belles collections internationales, à commencer par les prêts éblouissants des musées russes. Vaste, la sélection est aussi remarquablement variée. Outre ses tableaux de ruines, l’accrochage sobre et limpide offre à la contemplation des dessins, dont une série de sanguines magistrales, des caprices architecturaux et des éléments de décor. Cette approche polysémique témoigne de l’étude au long cours menée par le commissaire, Guillaume Faroult, secondé par une armée de chercheurs, dont la documentaliste Catherine Voiriot. Un travail fondamental qui se matérialise très concrètement sur les cimaises. Les différentes sections décryptent ainsi les multiples facettes de Robert, faisant émerger la complexité de sa démarche, qui, contrairement aux idées reçues, est tout sauf répétitive. Affleurent aussi les ambitions carriéristes de celui qui se fraie un chemin en se posant en challenger, notamment de Vernet et de Fragonard. En creux, on devine un artiste malin et talentueux qui a su cristalliser la sensibilité de son époque et devancer les attentes de ses commanditaires, qu’il réponde à l’anticomanie de ses contemporains ou à la vision politique du patrimoine forgée par la maison royale. Enfin, comme le souligne une série de grands formats époustouflants relativement méconnus, il a également été un des premiers à traduire les réflexions de son temps sur le sublime.

« Hubert Robert (1733-1808). Un peintre visionnaire »

Musée du Louvre, Palais du Louvre, place du Carrousel, Paris-1er, www.louvre.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Le grand Robert

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