Découverte

Le dossier Cretey

Une exposition révèle l’art singulier d’un peintre lyonnais du XVIIe siècle. Sans lever quelques doutes

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 16 novembre 2010 - 553 mots

LYON - Faut-il y voir le baroud d’honneur de l’ancien président-directeur du Musée du Louvre, Pierre Rosenberg, infatigable zélateur de la cause de la peinture française du XVIIe siècle?

Vingt-deux ans après avoir coécrit et publié, dans La Revue de l’art, un article intitulé « Louis Cretey : le plus grand peintre lyonnais de son siècle ? », le spécialiste – qui fait et défait aujourd’hui le XVIIe siècle français – apporte son patronage à de nouvelles recherches destinées à mettre en valeur un peintre considéré comme le dernier méconnu de cette période prolifique. « Au XIXe siècle, les historiens de l’art pensaient qu’il n’existait que Poussin et Lorrain, deux peintres travaillant à Rome. Il était donc tentant de dire qu’il n’y avait pas de peinture française, explique Pierre Rosenberg. Sont ensuite apparus les frères Le Nain et Georges de La Tour, et progressivement a ainsi été révélée une école française. L’arrivée de Cretey continue à changer les choses. Reste à savoir où placer le curseur… » C’est bien là tout l’enjeu de cette exposition présentée par le Musée des beaux-arts de Lyon qui réunit l’essentiel de la peinture connue de Cretey. Un travail logique pour cet établissement car, pour bien saisir l’œuvre du peintre, il faut commencer par la découverte du décor du réfectoire de l’abbaye des Dames-de-Saint-Pierre, actuel Musée des beaux-arts, dont les peintures viennent d’être restaurées grâce au soutien d’un fidèle mécène, la Fondation BNP Paribas.  

« Parcours policier »
Comme le souligne Aude Henry-Gobet, qui a mené ce fastidieux travail de recherche, ce décor est le point de départ indispensable de « ce parcours policier dans l’œuvre de Cretey ». Daté de 1684, il est en effet la seule intervention bien documentée du peintre. Car si l’artiste n’est aujourd’hui connu que des amateurs – parmi lesquels Michel Descours, marchand lyonnais et grand prêteur de l’exposition –, c’est aussi parce que sa carrière, menée entre Rome, Parme et Lyon sans jamais passer par Paris, demeure jalonnée de zones d’ombre. La date de sa naissance reste peu assurée (entre 1630 et 1637) et les historiens de l’art supposent qu’il aurait pu mourir à Rome, en 1702. Le décor du réfectoire, avec ses clairs-obscurs et ses physionomies déformées, alliant front fuyant et yeux globuleux, illustre ainsi le style atypique du peintre, qui manifeste un goût très prononcé pour l’esquissé et la matière épaisse, en marge du goût académique. C’est donc à partir de ces éléments stylistiques que son catalogue a été patiemment reconstitué. La soixantaine de tableaux réunis à Lyon révèle toutefois la qualité inégale d’une peinture jalonnée de quelques coups d’éclat, comme en témoignent une étonnante Résurrection aux tonalités acides, une série de petits tondi figurant des saints pénitents ou encore une Bacchanale (Musée des beaux-arts de Lyon) qui passait jadis pour un Fragonard. La proposition de lui attribuer, sur un principe purement stylistique, un groupe de quatre dessins auparavant attribués à Mattia Preti est plus difficile à comprendre, tant elle révélerait, derrière un peintre maître du fa presto, un dessinateur d’une grande virtuosité. Le dossier Cretey, ici entrouvert, est donc encore loin d’être écrit. 

LOUIS CRETEY UN VISIONNAIRE ENTRE LYON ET ROME

Jusqu’au 24 janvier 2011, Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux 69001 Lyon, tlj sauf mardi 10h-18h, vendredi 10h30-18h, www.mba-lyon.fr. Catalogue, 295 p., Somogy Éditions, 38 euros, ISBN 978-2-7572-0421-4.

LOUIS CRETEY

-Commissariat : Pierre Rosenberg, président-directeur honoraire du Musée du Louvre ; Aude Henry-Gobet, docteure en histoire de l’art -

-Nombre d’œuvres : 60

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°335 du 19 novembre 2010, avec le titre suivant : Le dossier Cretey

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