L’avant-garde russe in extenso

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 22 janvier 2009

Quand George Costakis, fils de marchand grec, naît à Moscou en 1913, Malevitch est tout à la préparation des décors et costumes de facture géométrique de Victoire sur le soleil, l’opéra « zaoum ».

Le fondateur du suprématisme s’apprête à exposer son premier carré noir sur fond blanc, définissant un univers absolu, « au zéro des formes », au-delà de l’objet.
Quand, en 1947, le même Costakis, collectionneur autodidacte devenu chauffeur à l’ambassade du Canada, commence à rassembler les travaux de la première avant-garde russe, ni les œuvres de Malevitch, de Rodtchenko ou de Tatline n’ont droit de cité en Union soviétique. Costakis achète donc sans moyens ce dont personne ne veut. Il négocie habilement auprès des autorités et se lance dans une extraordinaire collecte de cette génération qui rêva la transformation de l’art au tournant des années 1910, accompagnant en profondeur la société qui se construisait sous leurs yeux.
Il examine peinture, graphisme, scène, architecture, de l’enthousiasme des débuts – soutenus par Lénine – aux premiers doutes, puis au rouleau compresseur du réalisme socialiste dans les années 1920. Composition, construction, matérialisme productif, des débats théoriques complexes à la suspicion d’un formalisme non conforme. Costakis collectionne tout, à la manière d’un remarquable archéologue. Et c’est précisément ce que donne à voir l’exposition du musée Maillol   : une version expansive, extensive, alignant têtes d’affiches – une exceptionnelle série de Compositions de Rodtchenko, quelques abstractions transparentes de Klioune, de précieux projets de Popova – et une foule de personnages secondaires restés mal connus et sans doute introuvables sans le concour de Costakis.
Resserré autour de la peinture, du dessin et du graphisme, encadré de part et d’autre par les premières influences européennes et le retour à l’ordre figuratif, le panorama essaie surtout de replacer cette période dans une perspective historique. Moins rupture esthétique ayant produit un art au service du politique qu’apport décisif à l’histoire de l’art.

A voir

« L’avant-garde russe dans la collection Costakis », musée Maillol-Fondation Dina Vierny, 61, rue de Grenelle, Paris VIIe, www.museemaillol.com, jusqu’au 2 mars 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°610 du 1 février 2009, avec le titre suivant : L’avant-garde russe in extenso

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