Samedi 17 novembre 2018

Art contemporain

L’assassinat symbolique de Marcel Duchamp

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 23 avril 2008 - 298 mots

Octobre 1965. Salle Balzac de la galerie Creuze. Dans le cadre de l’exposition « La Figuration narrative dans l’art contemporain », Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati exposent un polyptique composé de huit tableaux mesurant 1,60 m.

L’œuvre a donc l’impudence d’emprunter non seulement sa distribution aux toiles anciennes mais aussi ses dimensions à la peinture d’histoire. Logique, puisqu’il s’agit d’histoire. Mieux, d’histoire ancienne. Celle qui vit Marcel Duchamp régner en maître sur l’art contemporain et que les auteurs comptaient endiguer en procédant à une mort figurée et symbolique.

Une cinquantaine d’intellectuels devaient signer la pétition
Le titre de la toile, d’abord : Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp. Explicite, il désigne sans détour le dessein d’une œuvre collective qui, résolument provocatrice, figure la mort, mieux l’assassinat, du père de l’art contemporain (1887-1968). Outre les trois répliques de pièces duchampiennes emblématiques (Nu descendant l’escalier n°2, Fountain et Le Grand Verre), cinq panneaux composent une séquence délibérément narrative.
Le récit, à l’instar d’une intrigue policière dont l’intitulé renvoie aux James Bond de Fleming, donne à voir les exactions successives des trois artistes depuis l’interrogatoire de Duchamp, son meurtre et la liquidation du cadavre jeté du haut d’un escalier. Dernier opus du brûlot, la scène finale transforme les acteurs du Pop Art et du Nouveau Réalisme en porteurs d’un cercueil recouvert du drapeau américain.
Exacerbant la collusion d’artifices conventionnels (format, huile sur toile) avec des méthodes séditieuses (sujet subversif, neutralité presque reprographique de la matière), cette peinture iconoclaste entendait malmener « l’idéalité de l’acte créateur » incarné par Duchamp. Plastiquement et intentionnellement programmatique de la Nouvelle Figuration, cet « argot des bas-fonds », selon Restany, devait diviser une partie du mouvement et susciter une pétition signée par une cinquantaine d’intellectuels dont Breton et Alechinsky…

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°602 du 1 mai 2008, avec le titre suivant : L’assassinat symbolique de Marcel Duchamp

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