Dimanche 21 octobre 2018

L’Art brut gagne le Nord

La collection de l’Aracine à Villeneuve-d’Ascq

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 février 1997 - 478 mots

La plus importante collection d’Art brut en France, celle de l’Aracine, vient d’être mise en dépôt au Musée d’art moderne de Ville­neuve d’Ascq. Ce dernier présente les œuvres d’une soixantaine d’artistes d’un mouvement, défendu par Jean Dubuffet, qui a longtemps été ignoré par les musées.

VILLENEUVE-D’ASCQ - Jean Dubuffet a, dès l’immédiat après-guerre, reconnu dans les créations d’internés en hôpital psychiatrique, d’autodidactes, de personnes sans aucune culture artistique, une forme d’art réellement libre et inventive, dégagée de toute influence officielle : l’Art brut. Il va ainsi rapidement constituer une collection qui, faute de trouver un espace adéquat en France, sera donnée en 1971 à la Ville de Lausanne. Ce corpus, constamment enrichi, constitue d’ailleurs aujourd’hui le noyau de la collection de l’Art brut du château de Beaulieu, sur les rives du lac Léman.

En réaction à cette fuite à l’étranger, quelques amateurs de cette forme d’art et eux-mêmes artistes – Madeleine Lommel, Michel Nedjar et Claire Teller – ont créé en 1982 l’Aracine, association dont le but, affirmé dès l’origine, est de constituer un ensemble patrimonial important d’œuvres de l’Art brut, souvent peu protégées, dans la perspective de le transformer à terme en collection publique. Trois mille pièces de cent soixante-dix artistes, souvent peu connus du grand public, ont ainsi été réunies. Ayant obtenu en 1986 le statut de musée contrôlé accordé par la Direction des Musées de France, l’Aracine s’est installée à Neuilly-sur-Marne dans le château Guérin, avant de fermer ses portes en mars 1996. Cette collection représente aujourd’hui l’ensemble le plus important d’œuvres d’Art brut sur le territoire national et réunit essentiellement des dessins, mais aussi des peintures, des objets et des sculptures.

Ces pièces ont été soigneusement sélectionnées en tenant compte tant de leur force que de leur authenticité. Une partie d’entre elles est ainsi issue d’artistes ayant travaillé dans un contexte hospitalier, comme le Suisse Adolf Wölfli, interné à l’hôpital psychiatrique de la Waldau de 1895 à 1930. Son docteur, Mogenthaler, est d’ailleurs l’un des premiers à avoir consacré un ouvrage à un artiste de l’Art brut, en 1921, tandis que sa compatriote Aloïse devenait pensionnaire de l’hôpital psychiatrique de Céry en 1918. Des thérapies fondées sur l’art ont de même été menées par le Professeur Léo Navratil à Gugging (Autriche), par Massimo Mensi à Florence depuis 1975, ou au sein de l’hôpital psychiatrique de Bayreuth. Certains artistes rattachés à l’Art brut sont également originaires de la région que vient rejoindre cette collection, à l’image de Jean Dubuffet lui-même, installé dans le nord de la France de 1962 à 1964. De nombreux créateurs travaillent de nos jours encore dans l’esprit de ce mouvement qui,  paradoxalement, bénéficie aujourd’hui, ainsi qu’en témoigne l’exposition, d’une réelle reconnaissance institutionnelle.

ART BRUT, COLLECTION DE L’ARACINE, jusqu’au 14 juillet, Musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq, 1 allée du Musée, 59650 Villeneuve-d’Ascq, tél. 03 20 19 68 68, tlj sauf mardi 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°33 du 1 février 1997, avec le titre suivant : L’Art brut gagne le Nord

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