Mercredi 6 juillet 2022

Art ancien - Exposition - Histoire

XIXE SIÈCLE

La spectaculaire saga des ducs de Bourgogne

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2022 - 677 mots

BOURG-EN-BRESSE

Romanesque, l’histoire glorieuse du duché de Bourgogne a suscité une abondante littérature dont les artistes français, belges et néerlandais se sont inspirés.

Bourg-en-Bresse (Ain). Après « L’invention du passé. Gothique, mon amour » en 2014, le monastère royal de Brou revient, à travers le prisme de l’histoire bourguignonne de Jean sans Peur à Charles Quint (de 1404 à 1558), sur cette peinture du XIXe siècle que l’on qualifie d’historiciste, d’anecdotique ou de troubadour. Trois pays modernes, la France, la Belgique et les Pays-Bas, sont concernés par la dynastie de Bourgogne, et la quarantaine d’œuvres exposées provient presque totalement de ces trois anciens territoires bourguignons. Excepté sa dernière partie, qui analyse les liens entre la famille ducale et les artistes, le parcours d’« Amour, guerre et beauté : des ducs de Bourgogne aux Habsbourg » est chronologique. Les événements historiques sont détaillés dans les panneaux de salle tandis qu’une généalogie simplifiée, présentée en fin de parcours, permet aux visiteurs de comprendre les rapports entre les différents personnages dont ils viennent de découvrir les amours et les combats. Non loin, un autre panneau montre à quel point ces épisodes de l’histoire appartenaient à la mémoire collective au XIXe siècle : des estampes populaires aux bons points pour les enfants, leurs représentations participaient à la construction du roman national de chacun des pays concernés.

Des œuvres souvent méconnues

Les commissaires, Magali Briat-Philippe et Pierre-Gilles Girault, convient le public à la découverte d’œuvres pour la plupart méconnues qui appartiennent à un genre passé de mode à la fin du XIXe siècle et méprisé pendant une grande partie du XXe siècle. Ces tableaux sont désormais mis en valeur dans les musées. L’exposition et son catalogue permettent aussi de découvrir des artistes belges et néerlandais qui, pour certains, exposaient en France et parfois y résidaient, à une époque où les ateliers parisiens voyaient affluer les talents de toute l’Europe. Ainsi, Louis Ricquier, originaire d’Anvers et installé à Paris à partir de 1840, a peint Quentin Durward, Louis XI et Isabelle de Roye (1837, [voir ill.]), tableau lithographié en France par Virginie Dreyss qui présenta le résultat de son travail au Salon de 1844. La toile de Ricquier a été récemment acquise par le musée. Selon ses goûts, sa nationalité (et son degré de nationalisme), ses convictions politiques et religieuses, chaque artiste appréhendait différemment les événements historiques. La référence aux œuvres de l’écrivain écossais Walter Scott était transnationale : Ricquier s’est inspiré de son Quentin Durward (1823) tout comme Eugène Delacroix pour L’Assassinat de l’évêque de Liège (1829) dont une esquisse est exposée. Mais si le Bourguignon Isidore Patrois a peint Jeanne d’Arc présentée à Philippe le Bon à Compiègne (1864), un sujet rare, c’est sans doute parce qu’il avait une bonne connaissance du contexte politique de l’histoire de la Pucelle. Dans son tableau, la jeune guerrière et le duc de Bourgogne se mesurent du regard avec respect.

La peinture troubadour met les femmes en avant dans un changement de paradigme qui s’est amorcé au XVIIIe siècle. Le Siège de Beauvais en 1472 (1799) de François Louis Watteau (dit Watteau de Lille) représente l’héroïne Jeanne Hachette, qui inspirera de nombreux artistes du XIXe siècle, arrachant l’étendard bourguignon du rempart de la ville. Cette belle œuvre déjà romantique montre d’ailleurs bien d’autres résistantes, luttant avec acharnement ou mourant au combat. Sophie Rude se réfère ainsi à l’Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, de Prosper de Barante – une somme dans laquelle les artistes de l’époque puisent abondamment – pour La Duchesse de Bourgogne (Isabelle du Portugal) arrêtée aux portes de Bruges (1841). Cette ancienne élève de David réalise une grande scène romantique montrant, dans un décor médiéval, la duchesse protégeant son fils, le futur Charles le Téméraire, d’une foule qui assaille son carrosse. Enfin, c’est l’image d’une autre duchesse qui orne l’affiche de l’exposition : la Rencontre de Maximilien Ier de Habsbourg et Marie de Bourgogne à Gand en 1477 (1813-1814), peinte par Anton Petter, représente un coup de foudre en même temps que l’acte fondateur de la longue rivalité entre la France et l’Autriche.

Amour, guerre et beauté : des ducs de Bourgogne aux Habsbourg,
jusqu’au 26 juin, monastère royal de Brou, 63, boulevard de Brou, 01000 Bourg-en-Bresse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°591 du 10 juin 2022, avec le titre suivant : La spectaculaire saga des ducs de Bourgogne

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