Art ancien

XVIIE SIÈCLE

À la rencontre du « Saint Thomas » de Vélasquez

Par Lorraine Lebrun · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2021 - 642 mots

ORLÉANS

Le Musée des beaux-arts d’Orléans mène l’enquête sur l’histoire de ce tableau dont il veut réaffirmer l’importance au sein des collections publiques.

Diego Velázquez, Saint Thomas, 1618, huile sur toile, 94 x 73 cm, Orléans, musée des Beaux-Arts. © Gigascope
Diego Velázquez, Saint Thomas, 1618, huile sur toile, 94 x 73 cm, Orléans, musée des Beaux-Arts.
© Gigascope

Orléans. De profil, vêtu d’un drapé orangé, l’air surpris, il semble qu’il vienne tout juste de lever le regard de l’ouvrage qu’il agrippe fermement. Ce Saint Thomas de Velásquez est un chef-d’œuvre de la peinture espagnole des collections françaises, qui ne comptent que deux toiles à être assurément de la main du maître (outre celle d’Orléans, le Démocrite de Rouen).

« Toute l’exposition est construite sur la volonté de faire rentrer le visiteur dans la peau de l’historien de l’art vis-à-vis de ce tableau », résume Corentin Dury, conservateur au Musée d’Orléans. Il s’agit d’offrir un panorama de son contexte de création, de sa réception et des études en cours : tout un cheminement vers l’œuvre, laquelle n’est présentée que dans la dernière salle.

Aussi le parcours s’ouvre-t-il sur une salle contextuelle. Que sait-on avec certitude ? Diego Vélasquez, né en 1599 à Séville, port commercial florissant, s’y forme et y réalise ses premiers tableaux. Saint Thomas est une œuvre de jeunesse, probablement peinte entre 1618 et 1622 dans la capitale andalouse, avant son départ pour Madrid, en 1623, pour se mettre au service du roi d’Espagne. « Cela fait juste vingt, trente ans que l’on redécouvre les années sévillanes de Vélasquez », explique Corentin Dury. Avant cela, c’est surtout le peintre du roi que l’on célèbre.

La peinture espagnole est longtemps restée méconnue en France, avant sa redécouverte au cours du XIXe siècle. L’arrivée du Saint Thomas au Musée d’Orléans, où il est attesté en 1843, s’inscrit dans cette mouvance. Mais il est alors attribué à Bartolomé Esteban Murillo, « une attribution qui surprend aujourd’hui, mais à l’époque, Murillo est un des rares artistes espagnols très connus en France », rappelle Corentin Dury. Il faut attendre 1920 pour qu’un jeune connaisseur, Roberto Longhi, réattribue le tableau. Cet historien de l’art avait entamé un tour d’Europe des musées afin de se constituer un véritable catalogue visuel, qui l’aidait à reconnaître la main du maître.

La fortune critique de l’œuvre connaît alors un tournant, comme l’illustre cette lettre du maire d’Orléans refusant au président du Conseil constitutionnel de laisser partir sa« Joconde orléanaise »au Louvre en 1970. Le Saint Thomas comptait néanmoins « parmi les dernières œuvres de jeunesse à ne pas encore avoir fait l’objet d’une étude complète et d’une radiographie infrarouge », concède Corentin Dury. Cette imagerie, présentée au côté de celle d’autres œuvres, permet d’observer le travail de la matière et de comprendre la touche.

C’est ensuite que surgissent les interrogations. En effet, ce Saint Thomas pourrait appartenir à un apostolado, un ensemble de quatorze représentations des apôtres, de saint Paul et du Christ.« Tout au long du XVIIe et pendant une partie du XVIIIe siècle, tous les grands artistes espagnols s’essayent à ce genre », note le commissaire.

Comparaisons visuelles et formulation d’hypothèses

Quelles seraient donc les autres toiles ? C’est le sujet de la dernière salle, construite autour du Saint Thomas, qui permet d’embrasser en un coup d’œil les différentes pistes : les œuvres clairement identifiées (un saint Paul et une tête d’apôtre), les hypothèses enterrées, les pistes actuelles. À la manière d’un Roberto Longhi, le visiteur est donc appelé à aller et venir, à opérer des comparaisons visuelles directes permises par la proximité immédiate des œuvres de Francisco Pacheco, Francisco de Zurbarán, Luis Tristán et José de Ribera qui dialoguent toutes avec le Saint Thomas. Un bémol cependant pour l’éclairage, toujours difficile, de la peinture à l’huile, qui ne permet pas ici de s’approcher des œuvres sans souffrir des reflets. Au visiteur également de se questionner sur les hypothèses qui se font jour : que penser de ce Saint Philippe récemment apparu sur le marché de l’art ? Le peintre a-t-il effectivement réalisé les quatorze tableaux ? Comme dans toutes les enquêtes de ce type, des zones d’ombre persistent.

L’exposition, au-delà de mettre en lumière le Saint Thomas, a le mérite de montrer le travail de l’histoire de l’art en train de se faire.

Dans la poussière de Séville. Sur les traces du « Saint Thomas » de Vélasquez,
jusqu’au 14 novembre, Musée des beaux-arts, place Sainte-Croix, 45000 Orléans.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°571 du 9 juillet 2021, avec le titre suivant : À la rencontre du « Saint Thomas » de Vélasquez

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