Mardi 22 septembre 2020

Centre d'art

Anniversaire

La Maison Bernard-Anthonioz en ses esprits

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 16 mars 2016 - 683 mots

NOGENT-SUR-MARNE

Le centre d’art de Nogent célèbre ses 10 ans en réunissant dans une exposition attachante, « Sur le motif », les artistes et œuvres ayant habité/habillé ses murs.

NOGENT-SUR-MARNE - La contigüté des œuvres fait sens : tandis qu’un petit écran vidéo fait défiler des images de fleurs en milieu naturel particulièrement brillantes et éclairées, sur le mur d’à côté se déploie une grande tenture aux motifs abstraits et aux tonalités fraîches et champêtres, inspirée par la végétation du jardin des lieux. Ancien résident de la Maison d’art Bernard-Anthonioz, à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), Xavier Antin s’est référé à William Morris et aux expériences sur le motif du mouvement Arts & Crafts, qu’il a ici transposées en scannant des motifs de fleurs, devenus abstraits dans l’opération (Sans titre, 2014).
Font face à la grande toile de lin une dizaine de tableaux de format modeste, des vues du même jardin quelque peu atmosphériques. Pas de la grande peinture certes, mais des créations de l’une des deux dernières propriétaires des lieux, Madeleine Smith-Champion (1864-1940), qui avec sa sœur Jeanne Smith (1857-1943) légua à l’État un confortable patrimoine immobilier comprenant, outre leurs deux maisons, un parc d’une superficie de 10 hectares. L’ensemble devait apporter un soutien aux artistes, grâce notamment à l’édification d’une maison de retraite leur étant destinée.

Créée en 1976, la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP), qui veille sur l’endroit, est née de ce legs venant s’ajouter à celui de l’hôtel Salomon de Rothschild, à Paris, par la baronne Hannah Charlotte de Rothschild, édifice qui abrita un temps le Centre national de la photographie. Une fois celui-ci fermé après l’ouverture du Jeu de paume, c’est à Nogent que fut créée en 2006, dans la demeure de Madeleine Smith, la Maison d’art Bernard-Anthonioz, avec la volonté que la fondation continue à bénéficier d’un lieu d’exposition tout en relançant un programme de résidences d’artistes.

C’est la célébration de ces dix années d’activité, où 50 expositions réunissant 160 artistes ont été mises sur pied au total, qui a conduit à cette présentation « Sur le motif ». Se détache de l’ensemble un esprit des lieux, qui manifestement a exercé une forte influence, si ce n’est une fascination, chez les artistes qui y ont exposé et où la plupart ont effectué des résidences.

Récits et légendes
Beaucoup se sont attachés à la mythologie de cet endroit peu commun, à sa singularité et son histoire, à des anecdotes qui l’accompagnent, qu’elles soient vraies ou fausses. Ainsi Tamar Guimarães & Kasper Akhøj avaient-ils mêlé le réel et l’imaginaire en organisant là une fête qui donna lieu à une installation vidéo inspirée par les fêtes galantes de Watteau. Le duo montre ici une affiche invitant à participer aux Last Days of Watteau (2012) ; le projet est né de l’idée que le classement du parc, menacé par un projet de route, avait été obtenu par les sœurs Smith en arguant du fait que le peintre avait passé ses derniers jours dans la demeure…, ce qui n’est nullement avéré !

De son côté, Catherine Poncin a trouvé dans la bibliothèque la photographie ancienne d’un arbre qui, confrontée à la reproduction d’un tableau du peintre, viendrait attester de cette présence (Faux-semblant, 1912-2016) ; ce qui revient à perpétuer une manipulation des archives déjà présente avec les fausses preuves fabriquées par les sœurs Smith.

Mais, au-delà du jardin, c’est la belle bibliothèque ancienne créée en 1914, malheureusement inaccessible au public, qui a inspiré nombre d’artistes. Jessica Warboys convie dans un film à une exploration au plus près de ce lieu essentiel de la maison (À l’étage, 2011). De même que Natascha Sadr Haghighian, dont le maniement de la caméra semble animer l’endroit d’une présence infime, d’un souffle aussi étrange qu’invisible (Ressemblance I & II, 2014). Surgit alors une photographie argentique d’Anne Lise Broyer, un portrait de Jeanne Smith peint par sa sœur et emballé dans du papier bulle découvert dans cette bibliothèque (Jeanne, 2007). Il y a bien là un esprit des lieux, et il est toujours vivace.

Sur le motif

Commissaire : Caroline Cournède
Nombre d’artistes : 16
Nombre d’œuvres : 26

Sur le motif

Jusqu’au 30 avril, Maison d’art Bernard-Anthonioz, 16, rue Charles-VII, 94130 Nogent-sur-Marne, tél. 01 48 71 90 07, maba.fnagp.fr, tlj sauf mardi 13h-18h, samedi-dimanche 12h-18h, entrée libre.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°453 du 18 mars 2016, avec le titre suivant : La Maison Bernard-Anthonioz en ses esprits

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