La collection d’estampes japonaises de Monet

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 7 août 2007

Durant l’été 1853, le président nord-américain Fillmore décide d’envoyer des navires de guerre mouiller au large des côtes japonaises. Il est loin d’imaginer les conséquences de cette décision sur l’évolution de la peinture occidentale. Pour l’heure, il veut « inciter » le shogun à ouvrir les ports du Japon aux marchandises étrangères. L’archipel rompt alors avec plus de deux siècles d’isolement commercial. Dès 1856, les premières estampes japonaises parviennent aux États-Unis, puis en Europe.
Si, depuis le quattrocento, la perspective euclidienne régnait sans partage, la découverte des estampes japonaises bouleverse soudainement, en Occident, cet ordre des choses. « L’enthousiasme gagna tous les ateliers avec la rapidité d’une flamme », relate la Gazette des Beaux-Arts de 1867. De nouvelles possibilités, jusque-là impensables, s’offrent aux artistes qui découvrent les œuvres de l’ukiyo-e, « le temps qui passe ».
Claude Monet (1840-1926) commence en 1871 une importante collection qui réunira deux cent trente et une gravures. Le musée Marmottan les présente réunies pour la première fois dans leur totalité. Ces estampes, choisies avec passion par le maître de Giverny, montrent avec quelle richesse il a su puiser chez des artistes comme Utamaro (1753-1806) ou Hiroshige (1797-1858) non seulement des thèmes, mais plus encore une nouvelle conception du paysage et de la lumière.
Quand Hokusai (1760-1849) peint une vue du mont Fuji – Vent frais par matin clair –, il ne décide pas arbitrairement de la couleur de la montagne. Comme Monet, un demi-siècle plus tard, avec ses séries des meules ou de la cathédrale de Rouen, le maître japonais peint le volcan teinté de rouge par le soleil matinal.
La Nature n’est plus le décor dans lequel l’homme pense et agit. Elle devient un espace autonome qui existe par et pour lui-même. Fragments de paysages découpés dans une réalité infiniment plus vaste, les Nymphéas de Monet ne nous placent plus face à la nature, l’œil à la hauteur de la ligne d’horizon. Elles nous immergent désormais dans un univers où, s’il n’en est pas nécessairement absent, l’homme n’est plus au centre.

« Les estampes japonaises de Claude Monet », musée Marmottan, 2, rue Louis-Boilly, Paris XVIe, www.marmottan.com, jusqu’au 25 février 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : La collection d’estampes japonaises de Monet

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