Photographie

La BNF entre dans le « grand jeu » de Cartier-Bresson

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2021 - 601 mots

PARIS

Cinq commissaires invités proposent chacun leur exposition de la « Master Collection », une sélection de 385 photos par le photographe lui-même qu’il qualifie de « testament visuel ».

Henri Cartier-Bresson. Lac Sevan, Arménie, URSS, 1972, épreuve gélatino-argentique de 1973. © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos.
Henri Cartier-Bresson, Lac Sevan, Arménie, URSS, 1972, épreuve gélatino-argentique de 1973.
© Fondation HCB / Magnum Photos

Paris. Lorsqu’en 1973 le couple de mécènes et collectionneurs Dominique et John de Ménil demande à Henri Cartier-Bresson (1908-2004) de sélectionner dans ses archives les « 385 meilleures photographies dans les tirages les meilleurs possibles », leur ami de longue date a dépassé la soixantaine et délaisse le photoreportage au bénéfice du dessin. Si l’on ignore sur quels critères s’opéra la sélection, dénommée « Master Collection », on sait qu’il la considéra comme son « testament visuel ». Henri Cartier-Bresson a sélectionné des photos représentatives des différentes périodes et lieux de prises de vue, d’où émergent quarante-neuf portraits, de William Faulkner à Irène et Frédéric Joliot-Curie. Nombre de photographies étaient déjà passées à la postérité.

« Cette sélection a été pour Henri l’outil indispensable à l’appréhension de son œuvre dans lequel puiser pour telle ou telle exposition », précise Agnès Sire, directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. La Fondation a détenu deux exemplaires sur les six que compte cet ensemble avant d’en céder un à François Pinault pour financer les travaux des nouveaux espaces de la Fondation, rue des Archives.

Diversité des regards sur l’œuvre

C’est dans la foulée de cet achat que Matthieu Humery, conseiller pour la photographie auprès de la Pinault Collection, a organisé une exposition en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France (BNF), propriétaire d’un autre jeu. Présentée d’abord à Venise au Palazzo Grassi en juillet 2020 avant de devoir fermer ses portes en raison de la pandémie, elle prend place aujourd’hui dans les espaces de la BNF. Mais, loin d’une simple présentation de ce corpus, pourtant jamais montré en Europe, sa lecture a été confiée à cinq personnalités d’horizons différents, François Pinault, la photographe Annie Leibovitz, l’écrivain Javier Cercas, le cinéaste Wim Wenders et Sylvie Aubenas, directrice du département des Estampes et de la Photographie à la BNF. La règle a consisté, pour chacun, à choisir entre 30 et 60 tirages sans connaître la sélection des autres et à concevoir une exposition dans ses moindres détails, les cinq expositions étant regroupées sous le titre « Henri Cartier-Bresson. Le Grand Jeu ».

Chaque regard apporte un point de vue intéressant sur l’œuvre, mais aussi sur le commissaire improvisé. Ainsi de François Pinault dont l’exposition, par son traitement minimal, apparaît comme la plus distanciée et laisse dubitatif : ligne de photographies dans un « white cube » des plus classiques et texte d’introduction très bref sans mention du « je »… Les autres propositions offrent une liberté de parole et traduisent leur propre appréhension de l’image. « Voir l’œuvre de Cartier-Bresson m’a donné envie de devenir photographe », énonce de son côté Annie Leibovitz qui a voulu que sa « sélection de photographies soit façonnée par le souvenir de qui a compté » pour elle chez le photographe. Javier Cercas a choisi, lui, de valoriser la place faite à la guerre d’Espagne par Cartier-Bresson, à travers également la diffusion de ses films sur le sujet. Le film réalisé par Wenders pour l’exposition réserve l’un des moments les plus intéressants, quand le cinéaste évoque« la rencontre des yeux du photographe avec ceux de ces sujets ». Mais le morceau de choix reste celui de Sylvie Aubenas, quand elle revient sur la rencontre de HCB avec le surréalisme, la place du hasard et de la voyance chez lui après que la mère de l’un de ses amis lui eut prédit une partie de son avenir à l’âge de 19 ans. On se délecte de son analyse des 385 photographies, « négligée par les exégèses excepté Pierre Assouline dans sa biographie », comme elle le rappelle.

Henri Cartier-Bresson. Le Grand Jeu,
initialement jusqu’au 22 août, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Galerie 2, quai François-Mauriac, 75013 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°567 du 14 mai 2021, avec le titre suivant : La BNF entre dans le « grand jeu » de Cartier-Bresson

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