Mercredi 19 février 2020

Photographie

Photo

Jeff Wall intime

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 725 mots

PARIS

À la Fondation Cartier-Bresson, le photographe canadien choisit de ne montrer que ses petits formats. Une partie moins connue de sa production.

PARIS - C’est une première pour Jeff Wall de centrer son propos autour de son œuvre avec ses plus petits formats. Si le choix de la Fondation Henri Cartier-Bresson et ses espaces réduits s’y prêtent, la configuration des lieux ne suffit pas à expliquer l’organisation de cette exposition. Pourquoi l’un des plus importants photographes de l’histoire de l’art moderne décide-t-il, à 69 ans, de montrer une partie de son œuvre largement méconnue, tout en produisant six nouveaux grands formats papier que présentera à Londres, du 29 octobre au 19 décembre, la Galerie Marian Goodman ? D’abord le besoin de reconsidérer son propre travail : la préparation de la rétrospective du Schaulager à Münchenstein (Suisse), en 2005, l’avait engagé à une révision méthodique de son propre travail, objet d’un catalogue raisonné Jeff Wall. 1978-2004, coédité par l’institution et Steidl.

Format réduit et vision concentrée
Dix ans après et à partir de sa propre collection, Jeff Wall poursuit cette réévaluation en remettant en lumière le petit format dans sa création, jusqu’à présent abordé en filigrane. Pointe aussi dans son propos l’autre raison de cette exposition : son désir de « sortir de cette vision du monde de l’art, de la photo, des critiques et des journaux », qui ne l’associent qu’aux caissons lumineux de grand format et aux tableaux photographiques de grandes dimensions. « Je n’ai rien contre les caissons lumineux », dit-il, « mais j’en suis las, fatigué. Dès la fin des années 1980, j’ai commencé à chercher à faire autre chose. J’ai fait du noir et blanc, des photos sur papier. Depuis huit ans, je n’utilise plus de tirages sur film transparent. Pour l’instant j’en ai fini avec. Je pense y retourner un jour. » Le choix de consacrer justement le premier niveau de l’exposition à une suite de quatorze caissons lumineux de petite dimension recontextualise à partir de 1997 la diversification des formats. Notamment la multiplication des petits formats, inaugurés cinq ans plus tôt avec The Giant (1992) et Diagonal Composition  (1993) ici présentés. « Ces petits formats ne sont pas à séparer de mes autres travaux », mentionne Jeff Wall. « Ils appartiennent à mon travail, à ma façon d’exercer la photographie en réfléchissant à tous ses aspects », en particulier sous son rapport au « monde-objet » pour reprendre le titre du livre de Roland Barthes. « Aujourd’hui, il multiplie les images directes, de petites choses abandonnées, d’assemblage tout faits », rappelle en 2006 Jean-François Chevrier dans la monographie de référence sur Jeff Wall qu’il a publiée en 2006 aux éditions Hazan. Barquette sur l’asphalte évidée de son contenu (Peat and Sauce, 1999) ou morceau de savon sur le bord d’un évier (Diagonal Composition, 1993) : le cadrage autonomise le détail, l’objet anodin métaphore d’un lieu, d’un usage en milieu essentiellement urbain. « La vue rapprochée induit le petit format », note Jean-François Chevrier ; le fragment condense la nature morte, le portrait et le paysage.

Une forme-tableau
Au second étage réservé au tirage papier, il élargit le spectre des fragments, la variété des motifs, mais vient aussi perturber le regard par la diversité des registres des « petites choses vues », saisies en couleur ou en noir et blanc depuis plus de vingt ans, auxquelles s’ajoutent des reconstitutions de passage de livre comme pour After Spring Snow, by Yukio Mishima (chapter 34). La dissonance est relative et donne à voir l’apparition du flou dans ses derniers petits formats. « Il n’y a pas pour moi un appareil meilleur que l’autre », précise-t-il. Le léger flou de la petite fille accroupie derrière un mur vert, saisie par accident dans la rue avec son vieux Nokia en 2007, peut contraster avec la netteté des autres photos comme Shapes on a Tree (focus sur les plis d’un arbre). Reste leur point commun : une composition parfaite, qui s’inscrit avec justesse dans le cadre.

Placée au centre de la pièce, la maquette originale du livre Landscape Manual (1970, journal et photographies noir et blanc relatifs à ses trajets menés dans Vancouver et sa périphérie), rappelle la place de l’instantané dans son œuvre ; expérience spontanée ou réfléchie, porteuse constante d’une expérimentation sans cesse renouvelée ou rejouée.

Jeff Wall

Nombre d’œuvres : 34 tirages

Jeff Wall. Smaller Pictures

Jusqu’au 20 décembre, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris, tél. 01 56 80 27 00, www.henricartierbresson.orf, tlj sauf lundi et jours fériés 13h-18h, samedi 11h-18h45, nocturne gratuite mercredi 18h30-20h30, entrée 7 €. Catalogue « Jeff Wall. Smaller Picture », coéditions Xavier Barra, Fondation Henri Cartier-Bresson, 108 pages, 35 €.

Légende Photo :
Jeff Wall, Diagonal Composition, 1993, transparent dans caisson lumineux. © Jeff Wall / Courtesy de l'artiste.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : Jeff Wall intime

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