Dimanche 24 janvier 2021

Art ancien

XVIIIe

Jean-Baptiste Huet, naturaliste malgré lui

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 1 mars 2016 - 690 mots

Dans cette première monographie de l’artiste, le Musée de Cognacq-Jay révèle un peintre animalier doué et prolixe, cantonné malgré lui dans un genre mineur.

PARIS - « Illustre et inconnu » : les mots de Benjamin Couilleaux en ouverture du catalogue de l’exposition « Jean-Baptiste Huet, Le plaisir de la Nature » au Musée Cognacq-Jay résument la destinée de ce peintre coincé entre la rocaille et le néoclassicisme, entre la peinture animalière et les arts décoratifs.

C’est la première exposition monographique dédiée à Jean-Baptiste Huet (1745-1815) à la production pourtant pléthorique. « À l’époque de Fragonard et de David, il fait face à la peinture de grand genre », esquisse Benjamin Couilleaux, commissaire de l’exposition, pour expliquer le relatif désintérêt des historiens pour son œuvre. « Il a souvent été étudié sous l’angle de la toile de Jouy, mais il n’y a pas vraiment eu de synthèse sur son parcours. » Pourtant l’homme expose aux Salons, dispose d’une clientèle fidèle et le corpus choisi dans l’exposition ne manque pas de panache : il était temps de sortir Huet du « purgatoire des Lumières ».
Le parcours se détache en trois sections, d’abord la faune et la flore, puis les visions pastorales, et enfin son travail de décor pour la Manufacture de Beauvais et surtout pour celle de Jouy.

Force et détails des compositions
D’entrée de jeu, une ambivalence saute aux yeux : sa toile de réception à l’Académie en tant que peintre animalier, Un dogue se jetant sur des oies (1768-1769, Musée du Louvre), de grand format, lorgne du côté de la peinture d’histoire. La violence de la scène, un chien attaquant une famille de volatiles, est rendue dans le choix du moment, l’imminence de la menace et l’enjeu final, la survie de la famille, dont un petit est déjà sous la griffe du dogue. Huit protagonistes s’activent dans la toile, dans un effet psychologique à l’exagération assumée. « L’action est charmante et la composition d’une grande vérité, tous les charmes de l’art sont réunis, c’est un morceau inappréciable. La plupart des artistes de ce genre ne lui vont pas à la cheville du pied », commente alors Diderot. Peintre animalier reconnu, Jean-Baptiste Huet se construit une réputation autour de ses dessins, qu’il date et signe le plus souvent, preuve qu’ils sont destinés au marché. Il revendique une filiation avec les peintres hollandais du XVIIe siècle, à l’image du pastel Deux chiens (1779, Musée du Louvre) à laquelle il mêle une tendresse toute personnelle. Cette empathie pour les animaux explose avec une Lionne avec ses petits (1801-1802, Vienne, Albertina). Véritables portraits, Constantine veille sur ses enfants, Marengo, Fleurus et Jemmapes à la Ménagerie de Paris. Ils préfigurent les fauves romantiques de Delacroix. Mais la tentation de la « grande peinture » n’est jamais loin et se lit en filigrane dans l’exposition, presque en creux.

Dans la pastorale, les thèmes mythologiques abondent dans les dessins. Herminie et Léda peuplent les scènes bucoliques où la verdure abonde. Des simples paysans aux bergers de la Nativité, les scènes champêtres se teintent d’une coloration religieuse, sans que l’on puisse être catégorique sur l’iconographie. Mais Jean-Baptiste Huet reste léger, dans le sillage de François Boucher. Ses bergères et ses laitières sont charmantes, une Cour de ferme (1782, collection privée) ressemble fort à une Arcadie rêvée. Huet compose, sans souci de réalisme.

Ses tentatives ratées dans le grand genre – un monumental Hercule et Omphale envoyé au Salon de 1779 se fait étriller par la critique – le forcent à changer de style. Durant la décennie 1780, il collabore intensément avec la manufacture de Beauvais pour des tissus figuratifs. En parallèle, il se lie avec Christophe-Philippe Oberkampf, directeur de la manufacture de Jouy, et réalise des cartons très libres et créatifs, mêlant motifs rocailles et néoclassiques qui font la renommée de Jouy. Le modèle Les Quatres Parties du monde (1785-1790, Musée des Arts décoratifs) offre une vision très hétéroclite de motifs en îlots, propre à charmer le goût pittoresque de l’époque. C’est à travers ses compositions pour Jouy que Jean-Baptiste Huet est parvenu jusqu’à nous.
À Cognac-Jay, son animalerie et ses bergères montrent un grand artiste d’un genre pas si mineur que ça.

Jean-Bapstiste Huet

Commissariat : Benjamin Couilleaux, conservateur du patrimoine au Musée Cognacq-Jay
Nombre d’œuvres : environ 70

Jean-Baptiste Huet, le plaisir de la nature

Jusqu’au 5 juin, Musée Cognacq-Jay, 8 rue Elzévir, 75003 Paris, tél. 01 40 27 07 21, tlj sauf lundi, 10h-18h, www.museecognacqjay.paris.fr, entrée 6 €. Catalogue, Éditions Paris Musées, 176 p., 29,90 €.

Légende photo
Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, vers 1768-1769, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris. © Photo : RMN (musée du Louvre)/Stéphane Maréchalle.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°452 du 4 mars 2016, avec le titre suivant : Jean-Baptiste Huet, naturaliste malgré lui

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