In situ

Isabelle Cornaro réinvente son paysage

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 2 février 2016 - 530 mots

Pour la Verrière d’Hermès, à Bruxelles, l’artiste française propose une nouvelle version de sa série « Paysage », plus picturale et abstraite que les précédentes, plus déroutante aussi.

BRUXELLES - L’univers d’Isabelle Cornaro (née en 1974) est fait d’installations conceptuelles articulant des socles en enfilade et divers objets chinés ici et là. Ces installations qui mettent à l’épreuve notre perception, appartiennent à une série commencée en 2008 et intitulée « Paysage avec Poussin et témoins oculaires », dans une double référence à la grande peinture classique et à Marcel Duchamp. Pour son intervention à la Verrière d’Hermès, elle a imaginé une neuvième version de cette série au sein de laquelle la référence à la peinture devient prééminente.

Un dialoque entre ses œuvres
Le plafond de la Verrière a été abaissé grâce à une grande toile blanche tendue et un système d’éclairage crée une lumière tamisée et uniforme. L’espace est comme déréalisé. « Je ne voulais pas entrer en concurrence avec l’architecture du lieu… et je voulais éviter le jeu des ombres portées », explique l’artiste. Des parallélépipèdes de tailles et de hauteurs différentes sont disposés en plans successifs. On retrouve la référence aux règles de construction de l’espace perspectiviste dans la peinture de paysage classique, qui hante l’œuvre de Cornaro. Mais cette fois, les objets que l’on discerne d’ailleurs à peine de loin, se font rares. La couleur a pris la place des objets, « la couleur se fait motif », souligne l’artiste. « J’ai voulu retravailler la série des “Paysage” en expérimentant une fusion avec la série des peintures abstraites réalisées au spray (“Reproductions”) », dont certaines ont été présentées au printemps dernier dans le Païpe (œuvres in situ soutenues par la Fondation Swarovski) du Palais de Tokyo. Les parallélépipèdes ont ainsi été vaporisés au spray de couleurs simulant des effets de dégradés bruns-gris à l’exception d’une zone bleutée au sommet du bloc le plus haut. « Le résultat pose la question de la perspective atmosphérique », explique l’artiste. On devine un paysage classique quasi abstrait, dont seules les grandes masses qui le structurent restent perceptibles. Mais ce décor qui se donne à saisir dans un premier temps comme une immense image, vole en éclats dès lors que le visiteur le pénètre. En déambulant, notre regard explose en une multitude de points de vue. Inspirée par le cinéma et réalisant elle-même de petits films expérimentaux, Isabelle Cornaro est passée maître dans les jeux d’alternance entre le plan large et les gros plans sur des détails. Jetés de manière aléatoire sur des blocs, trois petits tas d’objets ponctuent le parcours et capturent notre regard. Des pierres tantôt brutes tantôt polies ou taillées, des chaînes en métal colorées en rose à la bombe, des cristaux, des pièces de monnaies créent des effets mystérieux de scintillement qui contrastent avec la matité et les tonalités sombres de la peinture. Peinture qui, par ailleurs, se révèle de près être composée d’une multitude de points colorés où l’œil se perd. Il y a dans ce Paysage n° 9 quasi désert quelque chose de plus organique, de moins analytique, que dans les précédents. Le spectateur ressort comme étourdi, ne sachant pas très bien ce qu’il a vu.

Isabelle Cornaro

Jusqu’au 27 mars, La Verrière/Fondation d’entreprise Hermès 50, boulevard de Waterloo, Bruxelles (Belgique), lundi au samedi, 11 h-18 h, entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°450 du 5 février 2016, avec le titre suivant : Isabelle Cornaro réinvente son paysage

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