Jeudi 19 septembre 2019

Impressionnisme - Vu d’Amérique

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 3 juin 2014 - 654 mots

Le Musée des impressionnismes à Giverny examine les échanges entre peintres français et artistes américains à la fin du XIXe siècle.

GIVERNY - Le Musée des impressionnismes de Giverny (Eure) a beau avoir remplacé le Musée d’art américain de la Terra Foundation for American Art il y a déjà cinq ans, le cordon ombilical avec l’institution de Chicago est loin d’être coupé. En témoigne cette première exposition de la saison 2014, placée sous le commissariat de la conservatrice de la Fondation Terra à Paris, Katherine Bourguignon – exposition organisée avec les National Galleries of Scotland (Édimbourg) et le Musée Thyssen-Bornemisza (Madrid). Malgré son titre « tarte à la crème », « L’impressionnisme et les Américains » offre un passage en revue sensible et instructif d’une période resserrée (1870-1900) et fructueuse sur les plan des échanges entre artistes américains et peintres français.

Idée fondatrice aux États-Unis et posture rebelle dans la France des beaux-arts, l’esprit d’indépendance était le ciment de ces amitiés dépourvues de toute notion de rivalité patriotique. L’exposition de Giverny met en relief les regroupements par style et affinités entre artistes, les uns optant pour des sujets urbains et modernes dans un traitement naturaliste, les autres éclaircissant leur palette et se rapprochant de la nature. Comme le souligne Richard Bretell dans son essai publié dans le catalogue, l’impressionnisme se révèle aujourd’hui particulièrement complexe à définir : si la notion de « mouvement » est exclue, doit-il être déterminé par son style, le choix des sujets choisis, ou par la participation des peintres à l’une des fameuses expositions de la Société anonyme coopérative d’artistes organisées avec grand bruit en 1874 ? Par ailleurs, selon l’historien d’art, quiconque tenterait d’y voir un mouvement national ferait fausse route.

Un sujet bourgeois éclairci

Edgar Degas préside ici la première salle, aux côtés de John Singer Sargent et surtout de Mary Cassatt, seule artiste américaine à avoir participé aux différentes expositions du groupe. Empreint d’un naturalisme très classieux développé auprès de son maître Carolus-Duran, dont Le Jardin du Luxembourg au crépuscule (1879) est le meilleur exemple, Sargent adopte un style plus décoiffé lors d’une visite à Giverny en 1885, qu’il immortalise par Claude Monet peignant à l’orée du bois. Le somptueux portrait de commande, Lady Agnew of Lochnaw (1892), présenté en début de parcours, n’est autre que la synthèse entre les sujets bourgeois des premières années et la touche éclaircie et libérée au contact de Claude Monet. Si l’on peut passer sur la « série » de meules du Bostonien John Leslie Breck, réalisée à Giverny et directement fondée sur celle du maître des lieux, Childe Hassam est plus royaliste que le roi, livrant des toiles parisiennes encore très sages.

De retour au pays, Hassam fait comme la plupart de ses comparses et adapte le style qu’il a observé à Paris aux sujets américains. Les scènes de parc de William Merritt Chase seraient presque parisiennes et les paysages de Theodore Robinson quasiment normands s’ils n’étaient écrasés par la luminosité aveuglante de la Nouvelle-Angleterre.

Chez Frank W. Benson, la légèreté et l’insouciance des femmes et des enfants baignés dans le soleil d’été sont en harmonie avec une touche vive et claire. À mille lieues de ces scènes de gaieté familiale, James Abbott McNeill Whistler tient une place à part. Ses paysages fantomatiques – ainsi l’hypnotique Nocturne en bleu et argent. Chelsea (1871) – inspirent les pérégrinations solitaires dans une nature soudain silencieuse de John H. Twachtman et de Thomas W. Dewing. Avec L’Été (v. 1890), ce dernier signe une étonnante scène figurant deux femmes perdues dans une brume végétale dans laquelle l’on devine un cours d’eau. Le symbolisme n’est pas loin.

L’impressionnisme et les Américains

Commissaire : Katherine M. Bourguignon, conservatrice à la Terra Foundation for American Art
Itinérance : National Galleries of Scotland, Edimbourg, « American Impressionnism : A New Vision, 1880-1900 », 19 juillet-19 octobre ; Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid, « Impresionismo americano », 4 novembre 2014-1er février 2015

L’impressionnisme et les Américains

Jusqu’au 29 juin, Musée des impressionnismes-Giverny, 99, rue Claude-Monet, 27620 Giverny, tél. 02 32 51 94 65, www.mdig.fr, tlj 10h-18h. Catalogue, coédité Musée des impressionnismes/National Galleries of Scotland/Musée Thyssen-Bornemisza/Hazan, en partenariat avec la Terra Foundation for American Art, 160 p., 29 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°415 du 6 juin 2014, avec le titre suivant : Impressionnisme - Vu d’Amérique

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