Vendredi 23 octobre 2020

Impressionnisme, souvenirs de famille

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 11 mars 2014 - 685 mots

À l’occasion de son 80e anniversaire, le Musée Marmottan Monet fait revivre
l’esprit bourgeois des premières collections impressionnistes.

PARIS - 80 printemps et, en guise de bougies, une centaine de tableaux et dessins impressionnistes. L’équivalent d’une fête de famille pour le Musée Marmottan Monet, à Paris… « Les impressionnistes en privé », exposition anniversaire montée en quelques mois grâce à l’entregent de Claire Durand-Ruel Snoellarts, a été conçue comme un hommage aux collectionneurs particuliers d’hier et d’aujourd’hui. Comme le rappelle avec justesse dans le catalogue Richard R. Bretell, professeur à l’université du Texas (Dallas), le mouvement impressionniste doit sa reconnaissance à la sphère privée, en Europe comme aux États-Unis. À l’exception d’Édouard Manet, bien décidé à décrocher sa place au soleil du Salon, le groupe des artistes indépendants avait compris que rien ne servait à persister sur la voie officielle. Dès la troisième exposition impressionniste en 1879, les peintres associés, menés par Caillebotte, avaient acquis une démarche commerciale, dans la façon non de peindre leurs toiles mais de les vendre.

Prendre le chemin le plus court vers les acheteurs fut une stratégie qui se révéla payante. L’exposition de 1879 s’est ainsi déroulée dans un appartement vide, que l’on pourrait qualifier de « témoin » tant la volonté des organisateurs était de susciter le désir chez les acheteurs en leur présentant un intérieur semblable aux leurs. Installée dans les salles réaménagées avec succès de l’hôtel particulier du 16e arrondissement, l’exposition du Musée Marmottan offre un joli écho à cette mise en scène à laquelle ont été sensibles des clients du monde entier. Chaque œuvre provient en effet d’une collection privée, française ou internationale, des prêteurs préfèrant l’anonymat tandis que le nom de certains est mentionné, à l’instar du Mexicain Pérez Simón.

Toiles peu vues
Pour le propos, les commissaires sont allées à l’essentiel. Paysages, scènes domestiques, portraits et nus retracent de manière chronologique, le long d’un accrochage très dense, les prémices puis le cœur de l’élan impressionniste, auquel participent également dessins et sculptures – dont une version de La Petite Danseuse de quatorze ans de Degas. Monet, Boudin, Renoir, Cézanne, Morisot, Sisley…, soit les principaux protagonistes de la première exposition historique de 1874, qui a donné naissance au terme « impressionniste », répondent à l’appel. En incluant Jongkind et Corot, les commissaires suivent à la lettre la filiation convenue, qui raccroche le mouvement à une tradition bourgeoise faite de paysages atmosphériques, dépourvus de toute allusion politique, historique ou religieuse. Quatre singularités dans la sélection sont cependant à relever : Édouard Manet et sa protégée Eva Gonzalès n’ont jamais participé aux expositions organisées par le groupe entre 1874 et 1886. Frédéric Bazille, mort sous le feu prussien en 1870, non plus.Le cas Rodin est plus surprenant – sa petite Étude pour Le Penseur peine à trouver une place cohérente dans le parcours.

Cependant, l’intérêt de cette exposition réside essentiellement dans la (re)découverte de toiles peu montrées au public. Et certaines œuvres sont irrésistibles, comme cette merveille signée Sisley, dessinateur pourtant peu prolixe : Gardeuse d’oies au bord du Loing est un pastel d’un synthétisme saisissant et d’une fraîcheur incomparable. Le regard se régale également devant Pagans et le père de Degas (v. 1895), double portrait à la mise en espace élaborée ; Les Dhalias, jardin du Petit-Gennevilliers (1893) de Caillebotte ; ou la délicieuse étude d’Un bar aux Folies-Bergère (v. 1881), témoignage des facéties plastiques qu’adopta Édouard Manet dans la version finale du chef-d’œuvre du Courtauld Institute of Art (Londres). Le parcours s’achève en apothéose sur deux toiles tardives de Monet, abstractions qui ne disent pas leur nom – ainsi de Leicester Square (Londres), la nuit (v. 1900-1901), de la collection Larock-Granoff, est un bijou en la matière.

Les impressionnistes en privé

Commissaires : Claire Durand-Ruel Snollaerts, historienne de l’art ; Marianne Mathieu, adjointe du directeur, chargée des collections et de la communication du musée

Les impressionnistes en privé. Cent chefs-d’œuvre de collections particulières

Jusqu’au 6 juillet, Musée Marmottan Monet, 2, rue Louis-Boilly, 75016 Paris
tél. 01 44 96 50 33, www.marmottan.fr
tlj 10h-18h, 10h-20h le jeudi, fermé le 1er mai
Catalogue bilingue français-anglais, coéd. Musée Marmottan/Hazan, 232 p., 29 €.

Légende photo

Alfred Sisley, Gardeuse d'oies au bord du Loing, pastel sur papier bleu, 30 x 40,8 cm, collection particulière.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°409 du 14 mars 2014, avec le titre suivant : Impressionnisme, souvenirs de famille

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