Lettres

Hugo, le libre penseur

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2013 - 821 mots

La Maison de Victor Hugo évoque l’engagement politique du poète et écrivain, indissociable de son œuvre.

PARIS - « Ce mot “la politique”m’a toujours paru peu défini. Quant à moi, j’ai essayé, selon la mesure de mes forces, d’introduire dans ce qu’on appelle “la politique”, la question morale et la question humaine », écrivait Victor Hugo dans une lettre au romancier et journaliste Alphonse Karr, en 1874. C’est à cet engagement politique, intimement lié à son œuvre, que s’intéresse aujourd’hui la Maison de Victor Hugo, à Paris. « On a beaucoup cité Hugo lors de la dernière campagne présidentielle. Cette année 2013, qui se situe entre deux élections importantes, nous semblait le moment idéal pour aborder ce sujet en profondeur. L’activité politique d’Hugo concerne toute sa vie et toute sa production littéraire ; Hugo avait brouillé les frontières entre politique et littérature pour s’adresser directement au peuple », explique Vincent Gille, l’un des deux commissaires de l’exposition.

Didactique, la scénographie s’appuie sur une trame chronologique et trois niveaux de lecture : des vitrines inférieures où sont exposés les documents, livres et manuscrits ; une frise avec des gravures et la chronologie ; puis les œuvres, dessins et peintures. La majorité des pièces sont issues des collections permanentes du musée ; quelques emprunts ont été faits, aux musées Carnavalet et Orsay pour des évocations historiques, à l’Assemblée et au Sénat pour les grands discours. Quatre îlots indépendants développent des thèmes invariants dans l’œuvre d’Hugo : son combat contre la peine de mort, celui contre la misère ; sa défense de la laïcité et de l’éducation ; ses positions philosophiques et juridiques. L’ensemble permet de comprendre l’évolution politique de l’écrivain.

Du royalisme à l’extrême gauche du Sénat

Né d’un père proche de Joseph Bonaparte et d’une mère vendéenne et voltairienne, Victor Hugo est marqué par son parrain, le général Victor Fanneau de Lahorie, qui, avant de se faire emprisonné pour avoir conspiré contre Bonaparte – il sera exécuté en 1812 – lui aurait soufflé : « Avant tout prends garde à la liberté. » Ce que Victor Hugo n’oubliera jamais de faire. Très vite, son activité d’écrivain l’oppose au pouvoir en place. Ses premiers romans, tel Le Dernier Jour d’un condamné (1829), lui valent de virulentes critiques de la part des conservateurs, tandis que ses pièces de théâtre s’attirent les foudres de la censure – son drame Marion de Lorme (1831) est interdit. « Le parcours politique d’Hugo est à la fois linéaire et chaotique. Il n’est pas figé dans une opinion mais va évoluer. Il démarre royaliste pour finir à l’extrême gauche du Sénat ! Hugo n’était pas un dogmatique, il réagissait avec beaucoup d’empathie à des événements, à l’urgence des problèmes sociaux, à la condition humaine », souligne Vincent Gille.

En 1830, Victor Hugo, qui travaille alors sur Notre-Dame, porte un regard favorable sur la Révolution sans être encore républicain ; il demeure partisan d’une monarchie éclairée. Trois ans plus tard, sous la IIe République, élu député à l’Assemblé constituante, il défend les révoltés du peuple de Paris et condamne la répression violente orchestrée par le général Cavaignac, chef du gouvernement. Avec le durcissement du régime, il bascule dans le camp de la gauche dont il devient l’un des plus grands orateurs. Ses discours, contre la loi Falloux ou en faveur de la liberté de la presse, sont d’une efficacité implacable. Après le coup d’État de Louis Bonaparte en décembre 1851, Victor Hugo, banni, s’exile à Jersey. Son fameux texte Napoléon le Petit fera grand bruit ; Les Châtiments (1853), passés clandestinement en France et publiés en cahiers, ont un retentissement considérable. « Il est exilé mais sa voix porte », résume Vincent Gille. Expulsé de Jersey en 1855 pour avoir soutenu d’autres proscrits, il rejoint Guernesey où il écrit Les Contemplations. Il est au sommet de sa gloire quand paraissent en 1862 en France Les Misérables. Le pouvoir n’ose pas censurer le texte, mais interdit son adaptation théâtrale. Après la chute de l’Empire, il revient à Paris. En 1871, à peine élu, il démissionne de son poste de député et soutient les communards. Lorsqu’en 1876 il entre au Sénat, il se situe à l’extrême gauche. « Si Hugo demeure si populaire, c’est parce qu’il s’est toujours montré attentif aux opprimés, à ceux qui souffrent. Mais aussi parce qu’il croit, fondamentalement, au progrès, à des lendemains meilleurs ; il avait foi en l’homme. C’est pour cela qu’on entend sa voix encore aujourd’hui », conclut Vincent Gille, qui travaille déjà à la prochaine exposition du musée. Un sujet plus inattendu : comment les surréalistes, plus tard, se sont nourris de l’œuvre de l’universel et éternel Victor Hugo.

HUGO politique

Commissaires : Martine Contensou et Vincent Gille, Maison de Victor-Hugo
Scénographes : Alain Batifoulier et Simon de Tovar

jusqu’au 25 août, Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004 Paris, tél. 01 42 72 10 16, www.paris-fr, tlj sauf lundi et jours fériés, 10h-18h.

Légende photo

Honoré Daumier, Les représentants représentés, Assemblée législative : Victor Hugo, in le Charivari, 10 juillet 1849, lithographie, Maison de Victor Hugo, Paris. - © Photo : Maisons de Victor Hugo/Roger-Viollet.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°389 du 12 avril 2013, avec le titre suivant : Hugo, le libre penseur

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