Goya, Redon et Ensor

Visions cauchemardesques

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 21 avril 2009

Une « épastrouillante » tempête printanière souffle sur Anvers, des escouades de créatures plus cauchemardesques et fantomatiques les unes que les autres ont envahi les cimaises du Musée royal des beaux-arts.

Trois grands maîtres en inquiétude humaine : l’Espagnol Francisco Goya y Lucientes (1746-1828), le Français Odilon Redon (1840-1916) et le Belge James Ensor (1860-1949) invitent à un fabuleux voyage au pays des cauchemars et des chimères. Démons, sorcières, masques et autres figures burlesques rampent, volent ou éructent dans d’effroyables postures. Seuls importent l’imaginaire et le rêve, au-delà de toute perception réaliste soi-disant objective.
Avec une totale liberté d’expression, Goya, pourtant peintre ordinaire de la cour d’Espagne, sut croquer et brosser des figures éblouissantes et grotesques comme ces deux hideuses sœurs siamoises se contorsionnant devant une assemblée d’effroyables silhouettes (Disparate desordenado,1815-1824). Près d’un siècle plus tard, l’inquiétante intensité des scènes surgies de ses visions enflamme Redon et Ensor.     
Le visage flottant à la surface d’une eau sombre sous le regard sarcastique d’un squelette auréolé de lumière (Redon, Le rêve s’est achevé par la mort, 1887) ou Le Squelette peintre (1895) de Ensor, squelette tenant sa palette devant un chevalet au sommet duquel est fichée une tête de mort regardant l’artiste entouré de ses toiles (celles d’Ensor), évoquent avec humour chez Ensor, un grand sérieux chez Redon, la condition humaine comme une errance mystérieuse et sinistre.
Exigeante, cette exposition l’est autant par la qualité intrinsèque de chacune des œuvres choisies que par les correspondances amusantes ou tragiques qui se jouent entre les univers bien particuliers de chacun des trois artistes.

« Goya, Redon, Ensor, peintures et dessins grotesques », Musée royal des beaux-arts à Anvers (KMSKA), Leopold De Waelplaats, 2000 Anvers (Belgique), www.kmska.be, jusqu’au 14 juin 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°613 du 1 mai 2009, avec le titre suivant : Goya, Redon et Ensor

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