Samedi 15 décembre 2018

Art moderne

Généalogie céretane

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 24 août 2009 - 859 mots

Deux courants émergent du flux continu d’artistes venus à Céret jusqu’à la Seconde Guerre. Ils se rattachent tous deux aux ateliers montmartrois ou montparnassiens de l’école de Paris.

L'ascendance généalogique moderne de Céret est forte de deux branches principales : Montmartre et Montparnasse. Plus précisément l’atelier du Bateau-Lavoir à Montmartre et celui de La Ruche et de la Cité Falguière à Montparnasse. Mais la même sève ne coule pas sous leur écorce, la première étant très marquée par le cubisme alors que la seconde est plus expressionniste.

Picasso et Braque  en avant-garde
Tout commence en 1910, avec Manuel Martinez Hugué, dit Manolo, un Espagnol, déserteur dans son pays, et qui veut s’échapper de Paris où il vit depuis dix ans, pour humer l’air de sa Catalogne. Il choisit Céret au milieu des terres et ses corridas plutôt que Collioure en bord de mer à quelques kilomètres de là, où cinq ans auparavant Matisse et Derain ont fait exploser leur palette fauve. Sculpteur, c’est un habitué du Bateau-Lavoir et, évidemment, un ami de Picasso. C’est lui qui convainc son compatriote de venir passer des vacances chez lui à Céret avec Fernande.
Picasso y séjourne à trois reprises de 1911 à 1913, principalement au printemps et en été pour deux à six mois. Braque le rejoint en 1911, ils louent ensemble une maison de maître, la maison Delcros. Après le départ de Picasso, Braque reste plusieurs mois encore dans la région. Les deux pères du cubisme ont pris l’habitude de se voir presque chaque jour depuis 1908, la fameuse « cordée ». C’est l’époque du cubisme analytique, dans lequel le sujet semble disparaître, alors que la palette se simplifie et s’assombrit.

Gris, Herbin et Kisling dans  le sillage des deux cubistes
Céret n’est pas à proprement parler une étape clef dans le travail en commun de Braque et Picasso, mais à leur suite viennent de nombreux amis du Bateau-Lavoir qui entretiennent le foyer du cubisme. En 1913, ils ne sont pas moins de trois disciples majeurs à venir séjourner dans la cité catalane : Juan Gris, Auguste Herbin et Moïse Kisling. Trois disciples très différents.
Juan Gris qui ne s’est sérieusement consacré à la peinture que depuis trois ans, est le plus proche des deux mentors. Il reviendra, malade, dans la cité catalane en 1921. Auguste Herbin, lui,  y fera trois séjours, en 1913, 1919 et 1923, coïncidant avec son étonnante période figurative. Sa technique froide et géométrique contraste avec le cubisme plus cézanien et chaleureux de Moïse Kisling. Enfin, un autre grand ami de Picasso viendra également à Céret en 1913, profitant de son séjour pour peindre quelques belles aquarelles, dont certaines délibérément géométrisantes : le poète Max Jacob.

Brune, Krémègne, Soutine…  l’école de Paris s’exporte à Céret
La Première Guerre mondiale disperse brutalement cette colonie d’artistes. Pourtant dès 1916, Pierre Brune (lire encadré), un peintre qui expose aux Indépendants depuis 1910, blessé pendant la guerre, part se soigner en cure à Amélie-les-Bains. La région lui plaît et il décide de s’installer à Céret, tout proche. Il fait venir en 1918, Pinchus Krémègne (1890-1981) qu’il a rencontré à La Ruche.
L’année suivante Krémègne est rejoint par son ami Chaïm Soutine (1893-1943), un exilé juif comme lui qu’il connaît depuis la Lituanie. L’un et l’autre développent une peinture saturée et expressionniste. Celle de Soutine autrement plus forte et tourmentée que celle de son cadet aura le succès qu’on lui connaît. En plusieurs séjours de 1919 à 1922, il réalise plus de quatre-vingts paysages de la ville et de ses alentours, dont l’exposition rend compte brillamment. Krémègne s’installera définitivement à Céret en 1960, restant jusqu’à la fin dans la même veine. Bien plus tard, de 1927 à 1929, un autre Biélorusse juif, Marc Chagall (1887-1985), s’installe au mas Lioret, à Céret, sur la route d’Amélie-les-Bains. Il s’isole pour réaliser les illustrations des Fables de La Fontaine, commandées par Vollard, et s’intéresse peu à la ville.
Les attraits naturels de la région, combinés à la présence continue ou en pointillés de nombreux artistes n’ont cessé d’inciter d’autres peintres à venir à Céret. André Masson en 1919, ou Albert Marquet et Raoul Dufy en 1940 sont quelques-uns de ceux-là parmi les plus illustres. Une tradition qui perdure encore aujourd’hui autour du musée d’Art moderne.

Informations pratiques. « Céret, un siècle de paysages sublimés » jusqu’au 31 octobre 2009. Musée d’Art moderne de Céret. Jusqu’au 30 septembre, tous les jours de 10h à 19h, ensuite jusqu’à 18 h. Tarifs : 8 et 6 e. www.musee-ceret.com

Artistes exposés. Louis Bausil ; Bioulès ; Arbit Blatas ; Maria Bleda ; Pierre Brune ; Frank Burty Haviland ; Jacques et Jean Capdeville ; Tom Carr ; Déodat de Séverac ; Louis Delfau ; Dufy ; Fortunet ; Gris ; Herbin ; Max Jacob ; Moïse Kisling ; Pinkus Krémègne ; Cyprien Lacassagne ; Charles Lafay ; Loutreuil ; Manolo ; Josep Maragall ; Jean Marchand ; Marquet ; François Martin ; Masson ; Peggy Merchez – Étienne Sabench ; Perejaume ; Picasso ; Laurent Riberat ; José Maria Rosa ; Soutine ; Peter Sprengholz ; Joaquim Sunyer ; Tapiès ; Étienne Terrus ; Martin Vivès ; Harold Weston.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°616 du 1 septembre 2009, avec le titre suivant : Généalogie céretane

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