Vendredi 30 octobre 2020

Entretien avec Ségolène Bergeon Langle

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2012 - 395 mots

Daphné Bétard : Pourquoi avoir démissionné du comité scientifique constitué pour la restauration de la Sainte Anne ?
Ségolène Bergeon Langle : En janvier 2011, le comité était d’accord pour un allègement modéré des vernis et la suppression des taches du manteau de la Vierge. Mais entre juillet et octobre 2011 un degré plus prononcé a été réalisé et présenté comme « nécessaire », ce que j’ai contesté. Je me suis retrouvée face à des personnes qui récusaient mon avis plus technique qu’esthétique. Mes douze lettres demandant des précisions sur certains aspects de l’opération et sur les matières de retouche à utiliser sont restées sans réponse. J’ai dû donner ma démission (le 20 décembre) pour, enfin, être écoutée, du moins sur un point : on a renoncé aux couleurs Gamblin dont l’innocuité n’est pas prouvée. Dès le départ, des idées fausses ont été avancées, comme d’appeler repeints des reprises par l’artiste dans l’ébauche ou d’attribuer les soulèvements de la couche picturale au « vernis qui tire » alors qu’ils étaient dus au débitage du bois…

D.B. : Que pensez-vous du travail accompli ?
S.B.L. : Pour moi, le principe de précaution n’a pas été respecté. Il faut se rendre à l’évidence, il y a moins de modelé dans le visage de la Vierge. Le nettoyage aurait du aller moins loin. J’ai été, cela dit, heureuse que l’on conserve le bosquet et la matière du terrain que certains « sentaient » non originale (d’ailleurs entre janvier et avril 2011, une zone brun-vert de terrain, sous le coude de Sainte Anne, avait déjà été enlevée). Cause de profondes divergences, le blanchiment sur le corps de l’Enfant a été pris pour un chanci (de vernis tardif). Je penchais plutôt pour l’altération irréversible du matériau original d’un glacis et me prononçais pour la conservation de cette couche ; je n’ai pas été entendue.

D.B. : À mots couverts, l’exposition suggère de restaurer les autres peintures que le Louvre possède de Léonard de Vinci, qu’en pensez-vous ?
S.B.L. : Surtout pas ! Dans Saint Jean Baptiste, la matière picturale originale, riche en huile, présente des craquelures prématurées et peut s’avérer fragile au nettoyage. Les méthodes scientifiques sont indispensables, encore faut-il savoir les interpréter et faire preuve de sagesse… Il y a actuellement trop de hardiesse source d’erreurs et une fascination inquiétante pour l’infrarouge qui révèle une sous-couche qui, jamais, n’a été faite pour être vue.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°368 du 27 avril 2012, avec le titre suivant : Entretien avec Ségolène Bergeon Langle

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