Entre abstraction et figuration, l’art de Riopelle clame un attachement fidèle à la nature

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 7 août 2007

Comme il en est de toute cette génération d’artistes nés au lendemain de la Première Guerre mondiale et formés après la Seconde, Jean-Paul Riopelle entame sa carrière sous influence surréaliste. Le groupe des Automatistes qu’il constitue avec quelques-uns de ses camarades à la fin des années 1940 le dit clairement, même si la leçon de Kandinsky n’est pas absente de ses premiers travaux comme dans Hochelaga (1947). Mais très vite, l’artiste développe une peinture où la couleur le dispute aux lacis qui informent chacune de ses Com­po­si­tion(s), titre de nombreux tableaux. L’inextricable imbroglio de Retour d’Es­pa­gne (1951-1952) en est la meilleure illustration.
Dans le courant des années 1950, Jean-Paul Riopelle, qui a choisi de s’installer à Paris à cause de la lumière qui y règne, fait connaissance avec tous ceux qui comptent en peinture et en littérature. Sam Francis, Calder, Beckett, Césaire comptent parmi ses amis proches.

La période des peintures au couteau
S’adonnant aussi à la sculpture, il décline son travail de façon beaucoup plus structurée et ses toiles vont prendre un aspect littéralement mosaïque. Avec une truelle, il applique en épaisseur sur la toile de grandes quantités de couleurs par petites touches carrées qui déterminent comme de puissantes perspectives brisées et opèrent comme des tesselles. C’est sa meilleure période.
Comme le montrent La Jacob Chatou ou Australie (deux œuvres de 1954), le peintre y joue de subtiles modulations chromatiques, chacun de ses tableaux devenant le lieu d’implosion d’un paysage cristallin constitué de myriades de petites cellules. Un paysage qui serait vu de très haut, du lointain du cosmos.
La peinture y gagne une dimension féerique et se donne à voir comme au travers d’un monumental kaléidoscope. Jean-Paul Riopelle s’impose alors comme la figure la plus prospective de l’art canadien. Montréal, Toronto, Londres, Paris, New York, etc., les expositions s’enchaînent. En 1962, il représente son pays à la Biennale de Venise.

Le mélange des techniques
Dans le Vexin français où il s’installe à Saint-Cyr-en-Arthies dans les années 1970, Jean-Paul Riopelle mêle avec un grand bonheur pigments, papiers et ficelles tout en jouant d’images en transparence et en surimpression.
Ailleurs, il exploite la technique de la peinture à la bombe aérosol avec une furieuse énergie. La nature est de plus en plus présente dans son travail – Vert de gris (1975), Soleil de minuit (Quatuor en blanc) (1977), Le Canot à glace (1992), etc. –, celui-ci se développant volontiers en miroir entre l’œuvre sculptée et l’œuvre peinte. Fol amoureux d’une nature vierge et primitive – ses séries des Icebergs (1977) et des Oies sauvages (1983) en sont un éclatant témoignage –, Jean-Paul Riopelle proclame dans ses œuvres l’attachement quasi existentiel qu’il lui voue.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°587 du 1 janvier 2007, avec le titre suivant : Entre abstraction et figuration, l’art de Riopelle clame un attachement fidèle à la nature

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