Découverte

Dvâravatî, le royaume disparu

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 17 février 2009

Le Musée Guimet dévoile les trésors d’art bouddhique d’une ancienne civilisation de Thaïlande.

PARIS - Qui peut imaginer que c’est sur la foi de cette petite pièce de monnaie exposée en prologue des espaces d’expositions temporaires du Musée Guimet, à Paris, que repose l’existence d’un ancien et mystérieux royaume de Thaïlande baptisé « Dvâravatî » ? Découverte à Khu Bua, dans la province de Ratburi, ce type de pièce de monnaie datant du VIIe siècle, sur laquelle est inscrite en sanskrit « œuvre méritoire du seigneur de Dvâravatî », en est l’unique preuve matérielle parvenue jusqu’à nous. Témoin privilégié des premières manifestations de l’indianisation de l’Asie du Sud-Est et de la diffusion du bouddhisme, le royaume Dvâravatî serait né aux environs du VIe siècle, en Thaïlande centrale, avant de se développer dans le Nord-Est du pays jusqu’au XIe ou XIIIe siècle. De cette civilisation ne subsistent que quelques vestiges architecturaux (lire le JdA no 293, 12 décembre 2008, p. 7) et des statues d’un grand raffinement disséminées dans une douzaine de musées thaïlandais. Après avoir été pour la majorité d’entre elles restaurées, elles sont aujourd’hui révélées au public parisien.
Particulièrement soignée, la scénographie, par son éclairage et une disposition des objets au millimètre près, souligne la beauté et la spiritualité de ces pièces en grès, stuc, terre cuite ou bronze. Impossibles à classer chronologiquement, ces œuvres aux caractéristiques esthétiques cependant très marquées sont ici regroupées par grandes thématiques. À commencer par une série de roues de la Loi (ou dharmacakra), présentées selon une étourdissante mise en perspective. Symbole bouddhique par excellence, dévolue à l’enseignement de Bouddha, la roue représente la création la plus originale et spectaculaire de l’art de Dvâravatî. Ces roues étaient placées au sommet de piliers carrés et portaient parfois en leur centre de petits reliefs.

Bouddhas dorés
Aujourd’hui totalement sinistrée, l’architecture de la civilisation Dvâravatî est, quant à elle, évoquée à travers les vestiges du temple de Nakhon Pathom (VIIe-VIIIe siècle). Ces bas-reliefs de stuc aux vertus pédagogiques reprennent des scènes de la vie de Bouddha. Ils décoraient le soubassement du temple. Particulièrement fragiles, parfois très abîmés, certains, jusque-là cantonnés dans les réserves des musées, n’avaient jamais été montrés au public. La statuaire de Dvâravatî accorde une place centrale au Bouddha Bienheureux, auquel est consacré le grand espace final du parcours. Un visage large, des arcades sourcilières ne dessinant qu’une seule et même ligne, des lèvres charnues qui laissent deviner les prémices d’un sourire, une expression d’une grande douceur indiquant une attitude d’introspection méditative : telles sont les principales caractéristiques du Bouddha de Dvâravatî.
Représenté debout ou assis, dans une posture solennelle, le Bouddha est traité de manière frontale avec un costume monastique intemporel (qui empêche toute datation) très soigné. Le Bouddha du Wat Na Phra Men d’Ayuthaya (VIIe-VIIIe siècle), aux proportions longilignes, porte encore des traces de polychromie ; nombre de ces Bouddhas étaient en effet peints ou dorés. Si l’exposition du Musée Guimet lève le voile sur cette nébuleuse Dvâravatî, elle est surtout une invitation à poursuivre les campagnes de fouilles et à remonter le fil de l’histoire de l’art thaïlandais, souvent réduit aux productions de périodes plus tardives.

DVÂRAVATÎ. AUX SOURCES DU BOUDDHISME EN THAÁ?LANDE, jusqu’au 25 mai, Musée national des arts asiatiques-Guimet, 6, place d’Iéna, 75116 Paris, tél. 01 56 52 53 00, www.guimet.fr, tlj sauf mardi, 10h-18h. Catalogue, éd. RMN, 312 p., 54 euros, ISBN 978-2-7118-5550-6.

DVÂRAVATÎ
Commissaires : Pierre Baptiste, conservateur du patrimoine au Musée Guimet ; Thierry Zéphir, ingénieur d’études au Musée Guimet
Muséographie : Renaud Piérard, architecte DPLG
Nombre de pièces : 164 (145 provenant de douze des principaux musées thaïlandais et 19 issues du Musée Guimet)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°297 du 20 février 2009, avec le titre suivant : Dvâravatî, le royaume disparu

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