Vendredi 3 décembre 2021

Art non occidental

ARTS D’ASIE

Du bâton monastique au nunchaku

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2021 - 567 mots

PARIS

Le Musée du quai Branly invite à une exposition immersive sur les arts martiaux d’Asie, faisant la part belle au cinéma.

Kim Tai Chung, la doublure de Bruce Lee, dans Le Jeu de la mort (version de 1978) réalisé par Robert Clouse © Collection Christophel / Columbia Pictures
Kim Tai Chung, la doublure de Bruce Lee, dans Le Jeu de la mort (version de 1978) réalisé par Robert Clouse.
© Collection Christophel / Columbia Pictures

Paris. Une exposition pour les cinéphiles amateurs de combats chorégraphiés au sabre ou au nunchaku, de guerres de clans, de samouraïs et de robots guerriers ? Il est vrai que, au milieu des représentations des mythologies asiatiques et les objets précieux ou d’arts populaires liés au combat, une large place a été ménagée aux films consacrés aux arts martiaux d’Asie. Ceux d’Akira Kurosawa, de Chang Cheh et de Bruce Lee notamment, que l’on retrouve tout au long du parcours, à la scénographie admirable plongeant le visiteur dans la pénombre.

Une première section est consacrée au combat dans les mythologies hindoues et bouddhiques originaires de l’Inde, « à la fois dans leur dimension métaphorique et spirituelle, mais aussi en tant qu’illustration des anciennes élites guerrières qui ont patronné les arts et donné une dimension divine au combat », précise Julien Rousseau, responsable de l’unité patrimoniale Asie du Musée du Quai Branly et co-commissaire de l’exposition aux côtés de Stéphane du Mesnildot. Le parcours se poursuit par une exploration des arts martiaux chinois popularisés par le cinéma hongkongais de Kung-fu dans les années 1970. Place enfin, au Japon, aux films de sabre, au judo et au karaté.

Le poing de Shaolin

Debout, l’air sombre, sourcils broussailleux et crâne lisse comme une boule de billard, enveloppé dans une robe claire, Bodhidharma est en pleine méditation (porcelaine, Chine, XVIIe siècle, dynastie Qing, 1644-1912). La légende raconte que ce moine bouddhiste, originaire d’Asie centrale, s’installa, à la fin du Ve siècle ou au début du VIe, au temple Shaolin où il transmit l’enseignement du bouddhisme Chan. Fondé au Ve siècle sur le mont Song, dans la province du Henan, en Chine, le monastère Shaolin est renommé pour ses moines bouddhistes combattants. La littérature de cape et d’épée et, plus récemment, les adaptations cinématographiques en ont fait le lieu de naissance et le symbole des arts martiaux chinois. C’est lui, Bodhidharma, troublé par le manque de vigueur physique des moines, qui leur aurait enseigné une technique martiale, « le poing de Shaolin » pour qu’ils soient capables de se défendre contre les bandits et les bêtes sauvages. Ceux-ci se métamorphosèrent alors en redoutables combattants, armés de bâtons monastiques, comme le montrent ces tentures murales de la dynastie Qing (XVIIIe siècle) les représentant à l’entraînement. À tel point que, mille ans plus tard, les conquérants mandchous se résolurent à détruire le temple et à massacrer ses occupants pour les empêcher de rejoindre le camp des loyalistes Ming. Tous, sauf cinq moines qui se chargèrent de diffuser l’enseignement des arts martiaux auprès du peuple.« Ainsi seraient nés les différents styles et écoles d’arts martiaux encore pratiqués aujourd’hui », explique, dans le catalogue de l’exposition, Dat-Wei Lau, chargé des collections chinoises à la bibliothèque de l’École française d’Extrême-Orient.

Dans les années 1970 et 1980, plusieurs films font renaître de ses cendres la légende. C’est cette figure de justicier et de défenseur des opprimés qu’incarne Bruce Lee dans les films des années 1970, sautillant et bondissant en émettant de brefs cris suraigus, qui a crevé l’écran comme dans La Fureur de vaincre de Lo Wei (1972). Installation, extraits de films, vitrines remplies de magazines, posters, bandes dessinées et manuels racontent comment « le petit dragon », disparu à l’âge de 33 ans, est devenu une icône mondiale, mais aussi un héros des luttes anticoloniales.

Ultime combat. Arts martiaux d’Asie,
jusqu’au 16 janvier 2022, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, 37, quai Branly, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°576 du 29 octobre 2021, avec le titre suivant : Du bâton monastique au nunchaku

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