Vendredi 14 décembre 2018

Dessins italiens inédits à Chantilly

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995 - 635 mots

Pour commémorer le Bicentenaire de l’Institut de France, le Musée Condé présente une cinquantaine de feuilles exécutées à Florence, à Sienne et en Ombrie, entre la fin du XIVe et celle du XVIe siècle. Celles-ci appartiennent à la collection de dessins léguée à l’Institut, en 1886, par le duc d’Aumale, en même temps que le château de Chantilly, avec sa collection de peintures et de manuscrits.

CHANTILLY - La collection de dessins réunie par le duc d’Aumale provient à 80 % de la collection de Frédéric Reiset, collectionneur et conservateur des dessins au Louvre à partir de 1851. Elle fut acquise, en 1861, pour la somme de 140 000 francs-or, par le quatrième fils de Louis-Philippe. La collection de Reiset comprenait pas moins de deux mille dessins, dont une centaine dus aux écoles italiennes. De ce fonds provient l’essentiel des cinquante dessins toscans et ombriens exposés actuellement, qui ont tous été sortis de leurs cartons pour la première fois depuis l’inauguration du musée, en 1898.

Le duc d’Aumale ayant exigé dans son testament que ses collections ne puissent en aucun cas quitter Chantilly, l’étude directe et approfondie des œuvres qui en font partie n’en a pas été facilitée. Ainsi, certains dessins n’ont jamais été pris en compte dans le corpus de l’œuvre de leur auteur, souvent parce qu’ils n’étaient connus que par des photographies ou bien sous d’autres attributions. C’est le cas d’un superbe Putto ailé d’Andrea del Sarto, jusqu’ici attribué par Berenson à Fra Barto­lomeo, et d’un Groupe de quatre figures debout et un drapé de Michel-Ange, qui n’a jamais figuré qu’en reproduction dans les expositions consacrées à l’artiste.

Parmi les quarante feuilles d’origine toscane que l’on peut admirer, huit proviennent d’un carnet, détaillé depuis, de Francesco di Simone, qui avait travaillé dans l’atelier de Verrochio. Une remarquable Étude de figures, généralement attribuée à Fra Angelico du fait de sa qualité, s’avère de la main de Benozzo Gozzoli, encore sous l’influence de Gentile da Fabriano. Tous trois ont d’ailleurs travaillé à Rome pour le pape Nicolas V.

La Joconde nue…
Entre autres dessins du XVIe siècle, outre ceux déjà cités, figurent le célèbre carton de la Joconde nue, dû à l’entourage de Léonard de Vinci – une œuvre qui présente des liens étroits avec le tableau le plus célèbre du monde –, et six dessins de Fra Bartolomeo, dont certains constituent des études préparatoires pour le Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne, conservé au Louvre, et pour la fresque ruinée du Jugement dernier, aujourd’hui au Musée de San Marco, à Florence. La série toscane s’achève sur plusieurs dessins de Baccio Bandinelli et d’artistes moins connus, comme Poccetti ou Poppi. De ce dernier, on notera les esquisses de têtes de femmes, jusqu’alors attribuées à l’école milanaise.

L’école ombrienne est moins bien représentée, mais comprend plusieurs feuilles du Pérugin, ainsi que des copies du Pinturicchio et de Luca Signorelli, qui témoignent de l’évolution survenue dans cette région en quelques années. Parmi les découvertes effectuées au cours de la préparation de l’exposition, il convient de signaler l’attribution nouvelle à Tiberio di Assisi d’une feuille représentant Sept saints dans un paysage, que l’on pensait être du Spagna. Il s’agit en fait d’un dessin préparatoire de 1515 pour l’une des fresques de la chapelle du Rosier de Santa Maria degli Angeli, près d’Assise.

Une seconde exposition de dessins des Écoles vénitienne, émilienne, lombarde et romaine est prévue pour 1997. Elle offrira l’occasion de publier la suite du catalogue complet du fonds italien : Raphaël, Jules Romain, Primatice…

-Les dessins italiens du Musée Condé à Chantilly, autour de PÉrugin, Filippino Lippi et Michel-Ange, Musée Condé, château de Chantilly, jusqu’au 8 janvier. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h30 à 12h45 et de 14h à 17h. Catalogue publié par la RMN, présentation de Francis Salet, introduction de Dominique Cordellier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Dessins italiens inédits à Chantilly

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