Biennale

BIENNALE DE VENISE GIARDINI

Des pavillons très inégaux

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2019 - 753 mots

VENISE / ITALIE

Un Lion d’or inattendu, des propositions globalement assez conventionnelles, mais aussi quelques belles surprises parmi les pavillons nationaux émaillent cette biennale.

Pavillon de la Belgique, Mondo Cane, prix spécial du jury. © Photo Francesco Galli.
Pavillon de la Belgique, Mondo Cane, prix spécial du jury
© Photo Francesco Galli

À l’annonce du palmarès établi par le jury de la 58e Biennale, tout le monde, ou presque s’est posé la question : où était donc le pavillon lituanien récompensé par le Lion d’or de la meilleure participation nationale ? Il fallait en effet un tempérament d’explorateur pour non seulement s’éloigner du plan au cordeau des Giardini, mais pour s’aventurer, dans le dédale de ruelles autour de l’Arsenal, jusqu’au bâtiment militaire investi par les artistes Lina Lapelyte, Vaiva Grainyte et Rugile Barzdziukaite avec leur « opéra-performance ». Intitulé Sun & Sea (Marina), celui-ci met en scène un groupe de chanteurs, adultes et enfants [voir illustration], entonnant en tenue de plage et sur fond de sable fin des couplets sur le désastre climatique en cours. Le spectacle, allégorie d’une société de loisirs indifférente à son environnement, se regarde depuis une galerie en surplomb.

Pavillon de la Lituanie, Sun & Sea (Marina), Lion d'Or de la 58eme Biennale de Venise. © Photo Andrea Avezzù.
Pavillon de la Lituanie, Sun & Sea (Marina), Lion d'Or de la 58e Biennale de Venise
© Photo Andrea Avezzù

Sans doute, si cette découverte a lieu de façon inopinée au hasard des circonvolutions de Venise, constitue-t-elle une merveilleuse surprise, car la proposition, ainsi que l’a souligné le jury, est aussi inattendue qu’inventive dans sa configuration. Mais une fois prévenu on sera forcément moins charmé et surtout légèrement étonné que ce prix vienne distinguer une forme peu compatible avec les contraintes d’une biennale d’art contemporain : la jauge très restreinte de l’espace, la longueur de la représentation, l’impossibilité de jouer continûment chaque jour de la semaine, de mai en novembre… autant de paramètres qui créent forcément des disparités entre les visiteurs chanceux et ceux qui ne pourront pas assister à cette performance. Un Lion d’or un peu paradoxal donc.

Un enthousiasme mesuré

Si le jury a affirmé cette préférence exotique c’est peut-être parce que parmi les 90 pavillons nationaux, rares sont les propositions de nature à déclencher l’enthousiasme. Le pavillon français fait souffler un vent de fraîcheur dans les allées centrales des Giardini, où règne par ailleurs un certain académisme. L’Allemagne, représentée par Natasha Süder Happelmann, y déploie un dispositif multimédia prolongé par un programme de concerts, conférences et publications, autour des notions de conflits sociaux, politiques et économiques, qui laisse le visiteur sur le seuil.

Fruit d’une collaboration entre un artiste, un compositeur et un anthropologue, le pavillon du Japon met l’écologie au centre d’un propos au final assez didactique. Cathy Wilkes, à laquelle le MoMa PS1 a consacré un solo show l’an dernier, orchestre dans le pavillon de la Grande-Bretagne une installation de sculptures et de peintures qui manque de force, sinon d’intérêt. On attendait beaucoup du triptyque vidéo Assembly de l’Australienne Angelica Mesiti : il réserve en effet de beaux moments, mais présente aussi de vraies longueurs. Très instructif sur la vie des Inuits, le pavillon canadien adopte pour sa part un ton documentaire.

Il y a cependant des découvertes réjouissantes ; pour l’exposition Mr. Stigl, dans le pavillon grec, Panos Charalambrous a construit une immense scène musicale transparente constituée de milliers de verres sur laquelle les visiteurs sont invités à marcher, tandis que les vidéos d’Eva Stefani donnent à voir des moments d’une vie quotidienne marginale empreints de poésie. La Belgique, mention spéciale du jury, intrigue avec un théâtre de mannequins animés façon musée folklorique imaginé par le duo Jos de Gruyter et Harald Thys [voir illustration], dont le livret très littéraire offre une lecture historique à l’humour grinçant. Dans le pavillon suisse, le duo Pauline Baudry et Renate Lorenz dévoile derrière un rideau de scène pailleté une vidéo sobre et efficace mélangeant chorégraphie postmoderne et danse urbaine dans une défense illustrée de la culture queer. Légèrement excentré, le pavillon brésilien lui fait écho avec une vidéo chorégraphique, Swinguerra mêlant culture populaire et transgenre dans une sorte de guérilla chaloupée, mais pour le moins martiale.

Parmi les pavillons outsiders, celui du Ghana, dont c’était cette année la première participation et qui réunit les artistes El Anatsui, Lynette Yiadom-Boakye et John Akomfrah, a suscité un tel emballement que la rumeur a couru qu’il ferait un bon candidat pour le Lion d’or. Au cœur de son dispositif, le long et superbe film de John Akomfrah déconcertait cependant par son esthétique assez lisse, évoquant l’imagerie sur papier glacé du magazine National Geographic. Soutenue par plusieurs mécènes, Madagascar est également parvenue à hisser son pavillon à Venise pour la première fois, avec une installation sculpturale de papier noir de Joël Andrianomearisoa, dont les replis occupent longtemps ceux de la mémoire.

information

58° Biennale de Venise
Du 11 mai au 24 novembre 2019.
https://www.labiennale.org/en

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°524 du 24 mai 2019, avec le titre suivant : Des pavillons très inégaux

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