Art contemporain

La performance du pavillon lituanien de la Biennale de Venise bientôt réactivée

Par Alice Fiedler · lejournaldesarts.fr

Le 16 novembre 2020 - 640 mots

LUCKENWALDE / ALLEMAGNE

Sun & Sea (Marina), lauréate du Lion d’Or pour la Lituanie en 2019, est invitée par un centre d’art écologique près de Berlin.

Les deux directeurs artistiques Helen Turner et Pablo Wendel dans la piscine Bauhaus où se déroulera la performance Sun & Sea (Marina) - Lituanie. © Lukas Korschan / The FACE
Les deux directeurs artistiques Helen Turner et Pablo Wendel dans la piscine Bauhaus où se déroulera la performance Sun & Sea (Marina).
© Lukas Korschan / The FACE

Le pavillon lituanien, lauréat du Lion d'Or de la Biennale de Venise 2019 va être réactivé le 1er mai prochain dans un site inattendu proche de Berlin. La performance Sun & Sea (Marina) dépeignait un monde futur, où des baigneurs insouciants sur une plage chantent les catastrophes du changement climatique. Elle avait suscité à Venise de longues files d'attente et une critique élogieuse pour ses thèmes écologiques et sa mise en scène originale.

Helen Turner, co-directrice du nouveau centre d’art E-Werk à Luckenwalde, l’avait vue à Venise et a été impressionnée. « C'était une œuvre fascinante, frissonnante et extrêmement puissante, » dit-elle au Journal des Arts. « A E-Werk, nous nous efforçons d'être les pionniers de modèles économiques et écologiques alternatifs pour le secteur culturel. Je trouvais que Sun & Sea entre parfaitement dans la mission de notre programme. »

E-Werk est situé dans une ancienne centrale à charbon construite en 1913 et en fonctionnement jusqu’à la chute du mur de Berlin. Pablo Wendel, artiste et partenaire de Helen Turner, l’a rouvert l’année dernière en transformant les machines historiques en producteur d'électricité moderne, propre et renouvelable. Au lieu de charbon, le centre brûle aujourd’hui des copeaux de bois. L'énergie fournie alimente l'ensemble du bâtiment. Le surplus est vendu à des clients du réseau national. Les bénéfices sont réinvestis dans la création et programmation d'art contemporain à E-Werk.

À côté de E-Werk, se trouve une piscine Bauhaus de 1928. À l’époque, la centrale l’utilisait comme activité de loisir pour ses employés et chauffait l’eau avec l’excédent d’énergie thermique produite. La piscine ferma dans les années 90, puis devint un sauna qui dû fermer également. 

 Pavillon Lituanie "Sun Sea" (Marina) Lion d'Or Biennale Venise 2019 © Photo LudoSane
Pavillon de la Lituanie, Sun & Sea (Marina), Lion d'Or de la 58e Biennale de Venise
© Photo LudoSane

« Je savais que Sun & Sea serait incroyable dans cet endroit, parce qu’il faut regarder vers le bas, vers la "plage", » confie Helen Turner. Elle a pris contact avec Lucia Pietroiusti, qui était déjà commissaire de l’œuvre lors de la Biennale, qui a tout de suite été emballée. « La communauté locale a de bons souvenirs de baignades dans la piscine, » dit Helen Turner, « C'est chouette de l'activer à nouveau. » La piscine sera alimentée à 100 % d’électricité auto-produite par E-Werk. 

Inviter et financer Sun & Sea n’est toutefois pas chose évidente. À Venise, il n’était pas sûr que la performance puisse rester visible durant les cinq mois de la Biennale à cause des coûts de sa réalisation. Une campagne d’appel aux dons avait été lancée pour soutenir les organisateurs. 

« C'est une œuvre extrêmement chère, car vous avez 28 interprètes qui doivent jouer la pièce, » explique Helen Turner, « Mais je pense que c'est une opportunité incroyable de payer tous ces artistes-interprètes qui ont tant souffert pendant Covid 19, de maintenir l'écosystème culturel à flot. L'œuvre mérite vraiment d'être vue, d'exister. »

Pour la financer, E-Werk va aussi organiser un appel aux dons. Helen Turner explique : « Le nombre de jours de l’exposition performance  dépendra de la quantité d'argent que nous collectons. Si nous récupérons 40 000 €, nous la présenteront une nuit [8h de spectacle en boucle], si nous levons 50 000, nous pourrions la montrer deux nuits, etc. »

L’œuvre fera partie d’un programme annuel plus large appelé « Power Night », dans lequel un commissaire invité organise des performances autour du bâtiment. Lucia Pietroiusti présentera ainsi, en plus de Sun & Sea, sept autres œuvres d'artistes-performeur internationaux.

Le Covid-19 a secoué le monde culturel en Allemagne, comme ailleurs. E-Werk a reçu un peu d'aide du gouvernement ayant permis sa survie, mais c’est surtout grâce à la production et la vente de leur propre électricité qu’ils ont pu se maintenir à flots. « C’était un bon test initial de résilience, » dit Helen Turner. « Je sens que le monde culturel se développe, à chercher des solutions afin d'améliorer la pérennité de notre secteur : écologiquement et économiquement. »
 

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