Mardi 10 décembre 2019

XIXE SIÈCLE

Degas et Valéry, main dans la main

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2018 - 687 mots

Le Musée d’Orsay instaure un dialogue entre les dessins du peintre des danseuses et le texte « Degas, Danse, Dessin » du poète Paul Valéry.

Paris. Le centième anniversaire de la mort d’Edgar Degas (1834-1917) n’a pas donné lieu à une rétrospective majeure comme celle de 1988 au Grand Palais. C’est par un autre prisme que le Musée d’Orsay l’aborde en organisant un « Hommage à Degas avec Paul Valéry ». Tout part de l’exemplaire n° 52 de l’ouvrage Degas Danse Dessin de Paul Valéry (1871-1945) appartenant à la Bibliothèque de la conservation du Musée d’Orsay. Ce livre d’art, édité en 1936 par Ambroise Vollard, est illustré, dit le catalogue de l’exposition, « d’après les compositions originales en noir et en couleurs de Degas de 26 gravures de reproduction sur cuivre hors-texte de Maurice Potin […] ». Le texte de Paul Valéry est un ensemble parfois ardu de notations biographiques sur Degas, de souvenirs sur le peintre qu’il a rencontré en 1896 et dont il est devenu l’intime au tournant du siècle, de témoignages rapportés et de réflexions sur la danse et sur l’art, dont la célèbre phrase, « Mais comment parler peinture ? ». Dans Degas, Danse, Dessin (« DDD », disait Valéry), « point d’esthétique ; point de critique, ou le moins du monde. »

L’exposition d’Orsay comprend la suite des 26 estampes de Maurice Potin d’après Degas, accrochée dans un couloir, avant la dernière salle. Mais c’est à la lecture que fait Valéry de l’art du maître que se sont d’abord intéressées les deux commissaires, Leïla Jarbouai et Marine Kisiel. Cette dernière raconte avoir choisi, parmi plus de 300 feuilles appartenant au Musée d’Orsay, les dessins de Degas qui correspondaient le mieux aux mots de Valéry. Car, si le parcours présente quelques peintures de Degas, c’est - à l’inverse de ce que l’on peut voir dans d’autres exposition - uniquement pour permettre au visiteur d’approfondir son regard sur le dessin, suivant en cela Valéry qui les excluait de son propos.

Dans la première salle où sont exposés la boîte de pastels et la palette du peintre, des photographies prises par lui-même et des sonnets de sa main, racontent les amitiés communes de Degas et Valéry (les Rouart, Stéphane Mallarmé, les Halévy). Des photos et quelques-uns des Cahiers de Paul Valéry, ouverts aux pages présentant des dessins, rapprochent le visiteur du poète, dont un dessin, Trois études de mains, montre son obsession pour cet « organe » dont il parle souvent dans les Cahiers.
 

La poésie de Valéry en écho au trait souple de Degas

Une petite salle présente les « Entreprises éditoriales » communes à Valéry et Vollard, le marchand et collectionneur de Degas, éditeur de Degas Danse Dessin et propriétaire des dessins reproduits dans ce livre d’art. Elle constitue un prologue, comme, dans un ballet, on peut en trouver interprété par les sujets, après lequel apparaissent les étoiles : les dessins de Degas. Ils sont regroupés autour de citations de Valéry qu’ils illustrent. Au milieu d’eux courent deux soubassements en ligne serpentine. L’un reçoit les bronzes des danseuses, l’autre ceux des chevaux. La Petite Danseuse de 14 ans prend la pose au milieu de repasseuses et de femmes au bain. Des méduses évoluent sur un écran, en référence au texte de Paul Valéry : « La plus libre, la plus souple, la plus voluptueuse des danses possibles m’apparut sur un écran où l’on montrait de grandes Méduses. » Insensiblement, le visiteur passe de la délectation ressentie devant les dessins de Degas à la réflexion sur les textes de Valéry. Cet équilibre dans la place accordée aux deux artistes ne doit cependant pas faire oublier que sont exposées ici pour la première fois certaines feuilles récemment acquises comme Écharpe et main droite d’une femme debout, feuille d’études pour Monsieur et Madame Edmond Morbilli (vers 1895-1866). Acquisition de 2014, l’extraordinaire Danseuse en maillot (1896) (un nu, en réalité) clôt cet ensemble de 84 dessins et 16 pastels. La présentation de cette figure sommaire et puissante, en rupture avec la production de Degas montrée auparavant, permet à Marine Kisiel de noter que la dernière période de Degas n’est encore quasiment pas représentée à Orsay et qu’elle espère des achats qui en relèveraient.

 

s'y rendre
Degas Danse Dessin. Hommage à Degas avec Paul Valéry,
jusqu’au 25 février, Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°492 du 4 janvier 2018, avec le titre suivant : Degas et valéry, main dans la main

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