Vendredi 6 décembre 2019

La tapisserie

De fil en aiguille, un art qui continue de séduire

L'ŒIL

Le 24 août 2011 - 543 mots

Artisanat ancien qui connut son apogée à la Renaissance, la tapisserie est aujourd’hui considérée comme un art à part entière que des cartonniers du XXe siècle ont su brillamment renouveler.

Bien que classée dans les arts décoratifs en tant que réalisation textile d’ameublement, la tapisserie est souvent considérée comme un art à part entière. Ses possibilités inépuisables d’écriture procurent, à l’instar de la peinture, un vaste champ d’expression aux courants et aux recherches plastiques les plus variés.  

Lurçat à l’origine du renouveau
Déjà pratiqué dans l’Antiquité par les Égyptiens, l’art de la tapisserie se développe particulièrement au Moyen Âge, avant de connaître une prodigieuse ascension à la Renaissance. C’est à partir de cette époque qu’un véritable lien se tisse entre le licier et le peintre.  Les cartons originaux des Actes des Apôtres (vers 1515-1516) pour la chapelle Sixtine, peints par Raphaël aux dimensions réelles de la tapisserie, orientent cette dernière dans le sens d’une complète soumission aux règles et procédés de la peinture. La composition, l’ordre, la clarté, la perspective, le décor et les riches bordures deviennent, dès lors, des qualités que s’approprie la tapisserie, au point de se poser comme un double de la peinture.

Selon Félibien, pour obtenir une belle tapisserie, il faut avoir un bon modèle. Lorsque le créateur apporte un modèle à échelle réduite – esquisse ou dessin –, il est possible qu’un peintre différent se charge de réaliser le carton destiné au licier. C’est ainsi que procédait Charles Le Brun. Il fournissait des dessins pour les tapisseries dont les cartons étaient exécutés par les peintres des Gobelins, où plus de huit cents tapissiers et peintres étaient réunis, spécialisés dans chaque genre. 
De nos jours, le carton peut aussi bien être peint à l’huile ou à la gouache, qu’être un agrandissement photographique en noir et blanc de la maquette de l’artiste, qui servira de référence au cours du tissage, ou bien encore seulement dessiné. Dans ce dernier cas, les couleurs sont indiquées par un chiffre qui renvoie à une gamme déterminée. Cette technique a été mise au point par Jean Lurçat, qui est à l’origine de la renaissance de la tapisserie, qu’il perçoit comme « un art d’ordre monumental »

Aujourd’hui, une nouvelle génération de peintres cartonniers contribue à l’essor de la tapisserie, tout en recherchant dans cet art un nouveau mode d’expression comme Alicia Penalba, Geneviève Asse, Anna-Eva Bergman, Pierrette Bloch, Samuel Buri, Antoni Clavé, Mario Prassinos, Jean-Paul Riopelle, Maria-Elena Vieira da Silva et bien d’autres encore.

Autour de la tapisserie contemporaine

La Cité internationale de la tapisserie et de l’art tissé d’Aubusson, classé au titre de Patrimoine immatériel de l’humanité en 2009, marie depuis plusieurs années un héritage multiséculaire à la création contemporaine. Déjà en 2004, Gérard Garouste collaborait avec la manufacture et signait un carton intitulé Le Murex et l’araignée. Ainsi, pour renforcer ce lien avec l’art d’aujourd’hui, un concours international propose depuis 2010 aux artistes, architectes et designers de concevoir des maquettes et des cartons destinés à être tissés selon la technique des liciers d’Aubusson. Sélectionnées par un jury, les créations des finalistes seront tissées puis intégrées dans le fonds du musée de la Cité internationale de la tapisserie. Les résultats de ce deuxième appel à candidatures seront connus dès la fin du mois de novembre.

Questions à… Sophie Cazé, Conservateur du Musée de l’hospice Saint-Roch à Issoudun

Annie Yacob : Quel est l’objectif visé par l’exposition d’Issoudun ?
Sophie Cazé : L’objectif de l’exposition est de montrer l’importance de la collaboration entre l’artiste et le licier. L’artiste plasticien compose une partition que le licier va interpréter. La conception comme le tissage sont des étapes indissociables l’une de l’autre. Lorsque l’artiste plasticien conçoit son modèle, il est seul, mais au moment de la réalisation textile, le licier intervient pour interpréter les éléments visuels de sa pensée. La compréhension du modèle passe non seulement par son apparence mais aussi par les intentions à restituer. L’important est de s’attacher à l’esprit du modèle, à ce que l’artiste a voulu dire, à sa vision, et d’inventer une correspondance, une réécriture, sans trahir la pensée qui l’a guidée pendant sa création.

A.Y. : Pourquoi l’emplacement final d’une tapisserie ou d’un tapis est-il déterminant pour le licier ?
S.C. : La tapisserie comme le tapis ont une fonction meublante qu’il ne faut pas minimiser. Ils vont habiller l’espace. Leur emplacement final est déterminant dans leur conception. Le tapis est la projection d’une image au sol sur laquelle on va circuler. La tapisserie, elle, va recouvrir un mur que l’on va contempler. Le travail sur la couleur n’est pas le même sur un tapis et une tapisserie. Sur le mur, une laine de même couleur ou de même valeur est vue sur toute sa longueur de fils. Par son placement vertical, la tapisserie reçoit une lumière de face. Au sol, la laine du tapis est vue en coupe, la couleur du velours devient plus dense et plus foncée. Le tapis reçoit une lumière frisante.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : De fil en aiguille, un art qui continue de séduire

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque