David, suite et fin

L'ŒIL

Le 1 juillet 2005

On s’étonne qu’une exposition, portant sur un artiste aussi important que David, conçue par un spécialiste, Philippe Bordes, conservateur du musée de la Révolution à Vizille, ne vienne pas en France...

L’exposition porte sur une partie de la carrière de David, après la Révolution, qui est moins connue et généralement moins aimée. On a sans doute craint que les Français, lassés par les récentes célébrations napoléoniennes, ne boudent une exposition qui revient sur cette époque ; ou que l’œuvre postrévolutionnaire de David, une fois de plus, soit mal accueillie...

Napoléon après Robespierre
Rien n’est moins évident que ce destin artistique étroitement lié aux aléas de l’histoire. Après la chute de Robespierre, David, le peintre de la Révolution, qui avait largement pris part aux événements, manque de perdre lui aussi sa tête, et s’en sort avec quelques mois de prison. Il décide alors de se consacrer exclusivement à son art. Mais voici que l’histoire, en la personne de Bonaparte, vient à nouveau le tirer par la manche. Dès la première rencontre en 1797, l’artiste est séduit : « Bonaparte est mon héros ! », s’écrie-t-il, et le voici engagé sous une nouvelle bannière, dont on verra bien vite qu’elle est peu conforme aux idéaux républicains. Le général devient empereur, et c’est David qui peint son Sacre. David avait voté la mort du roi, le voici premier peintre d’un monarque bien plus absolu que ne l’était Louis XVI. Il lui sera fidèle jusqu’au bout, jusqu’aux Cent Jours, et paiera le prix de cette fidélité : après Waterloo, il est contraint à l’exil, et passera les dix dernières années de sa vie à Bruxelles.

La grimace de Cupidon
Que devient sa peinture, une fois privée de ce socle moral, les idéaux révolutionnaires, sur lequel elle s’était magnifiquement développée, et duquel elle semblait inséparable ? Que devient-elle dans ces années où le néoclassicisme austère, tendu, héroïque de l’artiste et de ses élèves devient le style officiel de l’Empire ? Et bien l’on a l’impression d’un art déboussolé. Partagé entre le réalisme de portraits toujours superbes, et un idéalisme formel qui désormais sonne faux : le Bonaparte traversant les Alpes  serait un tableau sublime s’il ne sentait, à plein nez, la propagande. Plus problématiques encore sont les tableaux de la dernière période traitant d’histoire ancienne ou de mythologie (comme Les Adieux de Télémaque à Eucharis). La peinture elle-même y est toujours belle, car David est un praticien hors pair. Mais son réalisme et son coloris à la flamande s’incorporent  mal à son esthétique classique. Et les sujets « gracieux » sont bien peu dans le tempérament de l’artiste. Avec l’expression niaise des personnages, avec ce sourire douteux de Cupidon sortant du lit de Psyché, David manifeste surtout une totale incapacité à exprimer l’érotisme. Savante et compliquée, sa peinture semble pourtant futile. Triste fin pour l’auteur du Serment des Horaces  et du Marat assassiné !

« Jacques-Louis David : Empire to Exile », WILLIAMSTOWN (États-Unis, Massachusetts), Sterling and Francine Clark Art Institute, 225 South Street, tél. 413 458 23 03, 5 juin-5 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°571 du 1 juillet 2005, avec le titre suivant : David, suite et fin

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