Musée Guggenheim, Bilbao Jusqu’au 11 septembre 2011

Daskalopoulos : derrière la violence, le dialogue

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 24 juin 2011 - 319 mots

Les accrochages de collections privées s’apparentent parfois à un déploiement de muscle financier. En parcourant la magnifique exposition de la collection du Grec Dimitri Daskalopoulos au Musée Guggenheim de Bilbao, on est saisi par son ambition et sa rigueur, sa cohérence et ses nuances, loin de toute arrière-pensée mercantile.

Bien que partiellement déflorée l’an dernier à la Whitechapel de Londres, cette collection est, selon la formule de la conservatrice du Guggenheim, Nancy Spector, le secret le mieux gardé du monde de l’art. Fuyant toute esbroufe, Daskalopoulos a acheté ses premières œuvres à la fin des années 1980, n’hésitant pas à acquérir peu à peu des installations de plus en plus audacieuses, comme le Stade de Paul Pfeiffer emporté l’an passé à Berlin. 
Son ensemble, Daskalopoulos l’a constitué en toute indépendance, avec un certain sens visionnaire. « Lorsque j’achète des œuvres, je les imagine en résonnance avec les autres et j’imagine des thématiques », explique-t-il. Résonnance est le mot juste, près du concert de la quarantaine de voix recensées à Küba par Kutlug Ataman, où chaque voix narre son quotidien, ses difficultés, abordant la question du crime, de la drogue et de la violence. La violence se fait sourde dans Current Disturbance de Mona Hatoum, cage renfermant des ampoules qui s’allument et grésillent jusqu’à l’extinction. L’angoisse est à son comble dans Caveman de Thomas Hirschhorn, installation labyrinthique tout en aluminium et en rouleaux adhésifs, une cave platonicienne et une grotte des temps modernes dépositaire des restes de notre société de consommation, entre livres et canettes de soda. 
C’est un esprit plus viral, jouant sur nos peurs intimes, qu’adopte Dépendance/Indépendance d’Annette Messager. Le visiteur peut y pénétrer, circuler, s’égarer, tout en se sentant peu   à peu envahi par la crainte. Surtout, le parcours sait tisser un fin dialogue entre les œuvres. Car, pour Daskalopoulos, tout est question de dialogue.

« The Luminous Interval »

Guggenheim Bilbao (Espagne), www.guggenheim-bilbao.es, jusqu’au 11 septembre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°637 du 1 juillet 2011, avec le titre suivant : Daskalopoulos : derrière la violence, le dialogue

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