Constable La part du ciel

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 juin 2006

Le peintre anglais John Constable (1776-1837) tient une place très importante dans l’histoire du paysage et du romantisme anglais dont il fut l’un des précurseurs. Mais dans le cœur du
public, il fut largement supplanté par le flamboyant Turner. Même l’Académie n’admit que tardivement en son sérail cet artiste peu populaire.
Que lui reprochait-on ? Un style qui manquait de fini, des thèmes peu variés qui échappaient aux conventions du sublime et du pittoresque en vogue à l’époque. Toute sa vie, Constable peignit des paysages de proximité, ceux de sa vallée natale de la Stour dans le Sud de l’Angleterre, ceux de Brighton, la cathédrale de Salisbury, des scènes de proximité anodines.
« On ne voit vraiment quelque chose que si on le comprend », disait-il. Cette manière de ne pas extrapoler la réalité du paysage et de rendre compte avec authenticité de la vie rurale sans pour autant adopter une facture précisionniste eut le don de dérouter le public anglais, friand de scènes spectaculaires, de paysages fantasmés ou de situations plus narratives. L’Angleterre préindustrielle que dépeint Constable n’en avait pas le goût. Tranquille, elle se comprenait par ses ciels.
Les nuages tourmentés, étudiés avec précision occupent ses toiles et études pour moitié dans un ciel dont Constable disait qu’il constituait « la mesure de l’espace et le véhicule principal du sentiment ». Sans pour autant le dépeindre avec une exactitude optique, mais en le comprenant de manière scientifique, Constable parvenait à traduire des émotions, des sensations de ciel bien au-delà des sujets terrestres qu’il affectionnait, et qui sont, il faut bien l’avouer, un peu répétitifs. La véritable modernité venait de cette combinaison entre une vie quotidienne figée et toujours habitée de figures floues et ce « haut » impérieux, dense et fondamental.
Orchestrée autour de 65 pièces, l’exposition fait la part belle aux grandes compositions que le peintre avait réalisées à partir de la fin des années 1810, histoire d’impressionner et d’intégrer la grande Académie dix ans plus tard !
Chaque toile du peintre large de 1,80 m était l’aboutissement de nombreuses esquisses peintes de même taille. Ce travail est mis en valeur dans le parcours, qui permet aussi de découvrir de rares dessins.

« Constable : the Great Landscapes », Tate Britain, Linbury Galleries, niveau 1, Millbank, Londres, SW1P 4RG, tél. 44 (0) 20 7887 8008, du 1er juin au 28 août 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°581 du 1 juin 2006, avec le titre suivant : Constable La part du ciel

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