Paysage

Chaumont et merveilles

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2016 - 741 mots

Pour sa 8e saison annuelle, le Centre d’arts et de nature a convié quinze artistes à proposer une œuvre « in situ » autour du thème de la feuille ou de l’arbre.

CHAUMONT-SUR-LOIRE (LOIRE-ET-CHER) - Tout le monde connaît l’aucuba. Mais plus personne n’accorde d’attention à cette plante banale aux feuilles vertes mouchetées de jaune. Sauf Marc Couturier, qui lui voue un culte et en a fait l’un des motifs récurrents de son travail. Elle est tombée de façon providentielle dans sa vie et dans son œuvre en 1985 : « Elle m’a ouvert les yeux. » L’aucuba est pour lui une fusion du végétal et du sidéral puisque sont reproduites sur chaque feuille des voies lactées, des galaxies, toute une cosmogonie. L’artiste a d’ailleurs souvent répété qu’avec toutes les feuilles d’aucuba présentes sur la terre entière il y a peut-être plus d’étoiles sur Terre que dans le ciel. Voilà qui fait de Marc Couturier un hôte idéal pour le Domaine de Chaumont-sur-Loire, où il est invité au côté de quatorze autres artistes pour la 8e édition de la saison annuelle d’art contemporain et de photographie.

Des feuilles d’aucuba, Marc Couturier en a toujours plein les poches. À Chaumont, il propose un jeu de piste intitulé Tremblement de ciels. Dès le pédiluve de l’entrée, une immense feuille (un tirage numérique sur bâche de 8 m de long, sur 2,5 m de large) est posée sur une eau sombre comme le noir du cosmos. À l’intérieur de l’asinerie, il a collé sur les fenêtres la sérigraphie d’une feuille démultipliée à l’infini sur un film électrostatique : effet vitrail garanti. Et au sol, comme en légère lévitation, un immense tapis rond, tissé aux Gobelins il y a quelques années, reprend le motif de l’aucuba : une façon de mettre le ciel en bas. Tel le Petit Poucet, Couturier jalonne toute la promenade de ses feuilles dans un subtil jeu de déclinaisons. Ici, dans les cuisines du château, sous la forme d’une cinquantaine de pastels gras, ou là, motif projeté sur une flaque noire comme un ciel de nuit ou la flaque initiale du pédiluve.

Penone, Lee Bae, El Anatsui, Wang Keping…
Après les feuilles, l’arbre. Pour sa deuxième participation, Giuseppe Penone fait évoluer l’œuvre de 2012, en érigeant un arbre en bronze, enserré par une main en bronze également. C’est également d’arbre, mais mort, dont il est question dans l’installation de Lee Bae. Ce dernier prend parfaitement la mesure et le volume du manège des écuries au centre duquel il a disposé cinq gros fagots de charbon de bois sur du sable de marbre, blanc comme du sel de mer. Outre le dialogue fort qu’elle établit avec ce lieu circulaire et de circulation, l’œuvre, et ses contrastes de matériaux et de couleurs, rappelle le travail pictural de l’artiste sur la densité et la profondeur du noir.

L’arbre mort est également le choix fait par El Anatsui. L’artiste, dont on peut encore voir dans la galerie du fenil l’immense installation-tapisserie qu’il a réalisée en 2015 à l’aide de millions d’étiquettes de bouteilles, revient cette année dans le parc historique ; il y présente une sorte de mur en empilant horizontalement des rondins de bois dont il a recouvert les bases de rayures et patchworks de différentes tonalités, en écho aux tissus africains. Sur d’autres  rondins il a clouté différents déchets (couvercles, capsules…), regroupés par couleur (vert, rouge…) pour créer un immense tableau abstrait en pleine nature.

Du bois mort encore, décidément, avec Wang Keping qui, devant la grange aux abeilles, a spécialement réalisé cinq sculptures en chêne clair, et a repris à l’intérieur une immense installation composée de 42 sculptures en bois teinté de noir. Toujours du bois, mais vivant celui-là, avec cette souche de platane sur laquelle Andy Goldsworthy a posé un cairn en ardoise. Comme un gros œuf que la repousse de l’arbre devrait couver. Avec les photos de ce dernier, celles de Jean-Baptiste Huynh, de Luzia Simons, de Davide Quayola et d’Han Sungpil, exposées dans le château, ainsi que des installations de Cai Guo-Qiang, de Pauline Bazignan et d’Yamou, ce ne sont pas moins de 80 œuvres nouvelles qui sont présentées, auxquelles s’ajoutent une bonne centaine de pièces issues des saisons précédentes, certaines pérennes, d’autres éphémères. Avec le Festival international des jardins ouvert depuis le 1er mai, Chaumont porte en majuscule son appellation de « Centre d’arts et de nature ».

8e saison, Chaumont-sur-Loire

Commissaire : Chantal Colleu-Dumond, directrice
Nombre d’œuvres : 80

8è Saison d’art du domaine de Chaumont-sur-Loire

Jusqu’au 2 novembre, Domaine régional de Chaumont-sur-Loire, Centre d’arts et de nature, 41150 Chaumont-sur-Loire, tél. 02 54 20 99 22, www.domaine-chaumont.fr, ouverture tlj à partir de 10 heures, fermeture variable selon la période, entrée 12 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : Chaumont et merveilles

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