Monuments

Châteaux d’hier et d’aujourd’hui

Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2013 - 781 mots

Sous les voûtes gothiques de la Conciergerie s’anime une évocation de la part de rêve attachée aux châteaux à travers les siècles.

PARIS - Pour sa saison culturelle 2012, le Centre des monuments nationaux (CMN) a choisi le thème « Monuments et imaginaires », charge à Christian Caujolle, ancien rédacteur en chef chargé de la photographie à Libération et directeur artistique de la galerie VU, d’inviter des artistes contemporains dans une vingtaine de monuments administrés par le CMN.

Après « Monuments et cinéma » en 2010, puis « Monuments et animaux » la saison suivante, la thématique de l’imaginaire, vaste et abordant de multiples enjeux tant politiques qu’artistiques, a été traitée avec soin et intelligence par son commissaire. « Les monuments sont aussi une bonne école d’humilité », avoue Christian Caujolle dans le catalogue à travers un texte clair et dont la sincérité donne le ton de l’événement. Arnulf Rainer, invité au Mont-Saint-Michel, a créé pour l’occasion trois « surpeintures » à partir de lithographies du monument datant du XIXe siècle. Au Palais du Tau à Reims, la figure emblématique de l’Ange au sourire, statue de la cathédrale chère aux habitants, a inspiré le duo de designers Quentin Vaulot et Goliath Dyèvre. À Angers, le plasticien Sarkis signe un échafaudage précieux et recouvert de feuille d’or dans la chapelle des ducs d’Anjou, sorte d’échelle de Jacob version XXIe siècle.

Le château passé au crible
Contrairement à la saison précédente, l’exposition de clôture de ces manifestations ne présente pas un « best of » des œuvres issues des dernières manifestations en région, mais un projet à part entière, dernier écho de la thématique. À la Conciergerie, l’historien Christian Corvisier, commissaire de l’exposition « Rêves de monuments », a choisi de s’intéresser au château et sa résonance mythique ou concrète à travers les siècles. D’un plan reliquaire de la ville de Soissons du XVIe siècle – chef-d’œuvre gothique en argent et cuivre orfévré – aux illustrations de John Howe pour les livres du Seigneur des Anneaux, le château est disséqué sous toutes ses coutures.

Les fondements médiévaux du mythe constituent la première partie du parcours : entre représentation biblique de la Jérusalem céleste et la littérature fondatrice de la chevalerie, le château est avant tout un outil du pouvoir, destiné à montrer l’importance de son occupant. « Au Moyen Âge, le château, l’abbaye, la ville fortifiée sont des lieux fermés qui ne sont pas accessibles à tous. Cette fermeture matérielle ou spirituelle suscite de la part de ceux qui n’y sont pas admis curiosité, convoitise, fantasme », explique Christian Corvisier. Le monument, au XIXe siècle se teinte d’imaginaire. Le château de Pierrefonds, commandé par Louis d’Orléans, frère de Charles VI à la fin du XIVe siècle, était un hommage à la chevalerie, souhait d’un prince fantasque et dépensier. Au XIXe siècle, Napoléon III charge Eugène Viollet-le-Duc de restituer le château dans une vision mythique, non dénuée de visées nationalistes. Le romantisme est passé par là : l’imaginaire d’un lieu chargé de mystères, de secrets et de drames fascine les écrivains et les artistes. S’entrechoquent alors deux visions : celle, topographique et patrimoniale, des relevés d’architectures – très bien documentées dans l’exposition – et celle, rêvée et fantasmagorique, des amateurs de romans gothiques venus d’Angleterre. Le merveilleux médiéval fascine à nouveau, un succès qui ne se démentira pas au XXe siècle.

Le folklore devient une source inépuisable pour la littérature enfantine, de Disney avec La Belle au bois dormant, à l’origine un conte de Charles Perrault (qu’illustra également Gustave Doré), à J.K. Rowling qui place son héros Harry Potter dans une école qui emprunte à la cathédrale de Durham et au château d’Alnuick (Angleterre) sa silhouette inquiétante. La scénographie, comme toujours dans les expositions du CMN à la Conciergerie, tient une place importante. Sous la célèbre forêt de voûtes, les espaces ont été fragmentés à l’aide de cloisons en forme de livres ouverts ou d’ombres chinoises crénelées qui participent à l’immersion dans une ballade cultivée. Le grand écart entre enluminures de la BnF et extraits de jeux vidéos est assumé, même si la rupture dans le parcours peut déconcerter certains visiteurs. L’exposition dévoile plusieurs pistes pour comprendre l’attirance toujours renouvelée pour des monuments encore présents dans notre quotidien, de la bande dessinée aux jouets en passant par la littérature et le cinéma.

Rêve de monuments

Jusqu’au 24 février, Conciergerie, Palais de la Cité, 2 bd du Palais, 75 001 Paris, tél. 01 53 40 60 80, www.conciergerie.monument-nationaux.fr, tlj 9h30-18h.

Catalogue, Éditions du patrimoine, 184 p., 29 €

Rêve de monuments

Commissariat : Christian Corvisier, et Francis Adoue

Scénographie : Massimo Quendolo et Léa Saito

Nombre d’œuvres : env. 300

Voir la fiche de l'exposition : Rêve de monuments

Légende photo

Affiche de l'exposition « Rêve de monuments » à la Conciergerie, Palais de la Cité , du 22 novembre 2012 au 24 février 2013.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°382 du 4 janvier 2013, avec le titre suivant : Châteaux d’hier et d’aujourd’hui

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