CAPC, du musée au laboratoire

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 6 août 2007

Créé dans les années 1970, devenu musée en 1983, le Centre d’arts plastiques contemporain a gagné sa vocation internationale avec des expos d’envergure installées dans la nef d’un ancien entrepôt.

 La nomination de Charlotte Laubard à la tête du CAPC-musée de Bordeaux le laissait entendre, les choses allaient changer profondément au sein de cette institution phare. Douillettement somnolent sous la précédente mandature de Maurice Fréchuret, le musée affichait des expositions à thématique – dormir, manger, les années soixante-dix – suivant un principe didactique plutôt pratique mais sans attirer pour autant la foule en masse.

Hisser les couleurs avec l’exposition « Drapeaux gris »
Changement de cap donc avec la nouvelle direction. Rajeunissement sans jeunisme et internationalisation de la programmation. Pour le démarrage, la jeune femme fait tourner une exposition collective présentée l’été dernier au Sculpture Center de New York. Orchestré par Anthony Huberman, actif au pôle des expositions du Palais de Tokyo à Paris depuis quelques mois, et par l’artiste Paul Pfeiffer, le « show » rassemble des valeurs sûres de l’art contemporain comme John Armleder, Tacita Dean et Allen Ruppersberg avec les jeunes Claire Fontaine ou Kelley Walker.
Le ton est donné. Fini le beau musée lisse et chic. Si l’exposition inaugurale n’a rien de provocant, elle n’est pas pour autant « facile ». Exigeante, mouvante, elle ne se laisse pas faire et il faudra en prendre l’habitude.
Car l’année 2007 annonce des chevauchements prometteurs. Dès le 9 février démarre le cycle « Offset », consacré au design graphique – une première – deux fois par an, quelque part dans les imposants murs de cet ancien entrepôt. Mathias Schweizer est le premier invité du jeune commissaire indépendant Étienne Bernard à essuyer les plâtres et à choisir un espace adéquat pour une exploration physique du graphisme. Le CAPC se positionne ainsi en laboratoire, sondant les problématiques actuelles de l’exposition.
Laboratoire, c’est aussi le mot qui caractérise la manière même de travailler de Chohreh Feyzdjou, artiste juive d’origine iranienne. À sa mort en 1996, son atelier, vaste ensemble acquis par le FNAC à Paris, rejoint à cette même date le musée pour sept mois. Une tout autre facette artistique où l’aliénation et l’exil se mêlent à une pratique de l’archivage, une réflexion intense et touchante sur la mémoire et l’identité. Feyzdjou n’aura eu de cesse de retravailler ses œuvres, de toujours les remettre en jeu. Sa méthode rejoint l’exposition « Drapeaux gris » : ne jamais être sûre de rien.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : CAPC, du musée au laboratoire

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